Gabriel est un ex-flic, veuf qui s’oc­cupe de sa petite fille en pleine crise d’ado­les­cence. Brisé, il gagne sa vie en net­toy­ant les vit­res et occupe son temps libre à boire comme un trou. Jusqu’au jour où on lui pro­pose un job mys­térieux : livr­er des mal­lettes. Il ne sait ni d’où elles vien­nent, ni qui les envoie. Seule con­di­tion : il ne doit jamais les ouvrir. Mais lorsque l’an­cien flic com­mence à vouloir en savoir plus, la men­ace se pré­cise sur lui et les siens…

Il y a dix ans de cela, le réal­isa­teur Jean-Bap­tiste Andréa débu­tait der­rière la caméra avec l’in­juste­ment mécon­nu Dead End : un scé­nario malin pour un film fan­tas­tique mod­este aux doux arômes de Qua­trième Dimen­sion, et qui augu­rait du meilleur. Si La Con­frérie des larmes ne sus­cite pas autant d’en­t­hou­si­asme immé­di­at, il n’en demeure pas moins une course-pour­suite ryth­mée et prenante – vers une con­clu­sion qui, hélas, ne tient pas ses promess­es.

Il reste que, dans la caté­gorie du film d’aven­ture à mys­tère, Jean-Bap­tiste Andréa fait mon­tre de beau­coup de com­pé­tence. Reposant majori­taire­ment sur l’écri­t­ure de per­son­nages très typés, La Con­frérie des larmes est une exten­sion ciné­matographique des polars cra­puleux qui peu­plent les ray­on­nages des librairies, et dont le mys­tère final est tou­jours haute­ment sur­prenant.. Comme l’une de ces séries noires mod­ernes, le film trace des por­traits de per­son­nages peu nuancés mais très effi­caces, les lais­sant se débat­tre aveuglé­ment au sein d’une intrigue imbriquée dont l’ef­feuil­lage con­stitue le prin­ci­pal intérêt. Jean-Bap­tiste Andréa nav­igue avec maîtrise dans ce labyrinthe nar­ratif, maîtrisant bien son rythme, dosant bien son mys­tère[1]…

Encore faut-il que la révéla­tion finale en vaille la peine, et c’est là que le bât blesse pour La Con­frérie des larmes. On lais­sera, cepen­dant, le spec­ta­teur en juger par lui-même. Plutôt à l’aise lorsqu’il s’ag­it de faire de Jérémie Renier un héros d’ac­tion tac­i­turne et inquié­tant, Jean-Bap­tiste Andréa sem­ble ravi à l’idée de faire œuvre de feuil­leton­iste, plaçant son héros entre Tintin et le per­son­nage incar­né par Liam Nee­son dans les Tak­en, le tout avec un tem­péra­ment de fon­ceur qui con­vient bien au genre qu’il s’est choisi.

Alors, certes, avec un peu de recul on perçoit facile­ment toutes les faib­less­es du tis­su nar­ratif : La Con­frérie des larmes mul­ti­plie les invraisem­blances et mène à une sor­tie faiblarde. Le film n’a pas la solid­ité d’un Jason Bourne. Pour autant, recon­nais­sons à Jean-Bap­tiste Andréa son ent­hou­si­asme et son savoir-faire, le tout au ser­vice d’un réc­it trép­i­dant qui doit plus au ser­i­al des six­ties qu’aux films d’ac­tion con­tem­po­rains. Il n’est pas inter­dit de com­par­er sa démarche à celle de Luc Besson : de cette com­para­i­son, le réal­isa­teur ressort la tête haute. Au moins aus­si effi­cace dans sa mise en scène, il a pour lui sa sincérité et une réelle absence de cynisme.

Notes

Notes
↑1 Avec, pour­tant, quelques déra­pages sur­prenants, telle la scène de semi-nudité d’Au­drey Fleu­rot, d’une gra­tu­ité impres­sion­nante.