Du titre au générique de fin, La Clin­ique de l’amour ! s’en tient à son pro­gramme d’une demi-ligne : par­o­die par l’ab­surde de soap-opera. On devrait sans doute pré­cis­er “soap-opera hos­pi­tal­ier”, mais le film d’Ar­tus de Penguern se réfère moins aux avatars les plus vus et con­nus de ce genre (Grey’s Anato­my, voire les plus anciens Urgences et Chica­go Hope) qu’à une forme bâtarde et pas vrai­ment pra­tiquée, une sorte d’Amour, gloire et beauté trans­posé dans un décor de clin­ique, ce milieu per­dant encore de l’im­por­tance face à l’exé­cu­tion renou­velée des con­ven­tions. D’où une cer­taine con­fu­sion dans les références qui nuit quelque peu à l’ef­fi­cac­ité de la par­o­die, puisque celle-ci vise un matéri­au un brin abstrait dans la cul­ture du spec­ta­teur.

Quoi qu’il en soit, Penguern et ses coscé­nar­istes appliquent la par­o­die à deux niveaux. Le pre­mier con­siste à forcer les traits les plus car­i­cat­u­raux d’un Amour, gloire et beauté en clin­ique, avec moult per­son­nages en car­ton, agi­ta­tion au bloc opéra­toire, ten­sion sex­uelle de pur cliché, coups de théâtre insen­sés. Le sec­ond niveau con­siste à par­a­siter tout cela avec des élé­ments aus­si aber­rants que des chirurgiens par­ti­c­ulière­ment incom­pé­tents, des balles d’armes à feu aux tra­jec­toires improb­a­bles et un ours à com­porte­ment humain. Le choix des élé­ments les plus absur­des rap­pelle avec insis­tance les géni­aux blas­phèmes des Mon­ty Python, mais la com­para­i­son tourne court. Les Bri­tan­niques s’at­taquaient aux insti­tu­tions en place, socié­tales, lit­téraires, télévi­suelles… ; or il est dif­fi­cile de mesur­er la même portée dans la par­o­die d’un matéri­au aus­si lim­ité — et vieil­lis­sant — que celui visé par Penguern. Pour repren­dre un estimé cama­rade à pro­pos des Ton­tons flingueurs : la par­o­die est faite de la même matière que les films qui lui sont des­tinés.

Tirs à courte portée

Pour dépass­er les lim­ites de cette matière, Penguern eût sans doute gag­né à s’in­ter­roger sur ce qui sous-tend ce genre télévi­suel, sur le con­trat qu’il établit avec son pub­lic. Faute de quoi son film ne peut guère espér­er être autre chose qu’une façon de rejouer les con­ven­tions qu’il car­i­ca­ture : spéci­men certes out­ré, ani­mé de quelques délires bien sen­tis, et qui laisse soupçon­ner qu’au fond Penguern prendrait lui-même un plaisir cer­tain à se per­dre dans de tels feuil­letons, dans leur jeu grossier avec les attentes du spec­ta­teur, plaisir dont il se ferait ici l’é­cho en y injec­tant de l’hu­mour absurde pour soulager le matéri­au de son sérieux papal. Tout juste sent-on que dans le proces­sus, il tend à tir­er la cou­ver­ture à lui, en tout cas vers le per­son­nage qu’il incar­ne avec ses mim­iques famil­ières d’ac­teur (grand timide au vis­age de cadre au bord de la crise de nerfs) : le médecin con­scien­cieux, tran­si, trahi et un peu raté, le seul dont les mésaven­tures par­fois bur­lesques visent man­i­feste­ment à attir­er la sym­pa­thie, tan­dis que tous les autres per­son­nages en restent à leur état de sché­ma.

À l’im­age des loufo­ques tra­jec­toires de balles (une qui ric­oche vingt fois avant d’aller touch­er un per­son­nage extérieur à la scène pour l’y inclure ; une autre au ralen­ti et en vue sub­jec­tive devant laque­lle tout le monde s’é­carte), La Clin­ique de l’amour ! part un peu dans tous les sens sur les plans scé­nar­is­tique et visuel, mais ne frappe jamais bien loin de son point d’o­rig­ine. Cela occa­sionne quelques moments bien­venus de jeu sac­rilège avec les références et la vraisem­blance, le tout est à peu près drôle et for­cé­ment moins con­ster­nant que les vaude­villes rances qui font le tout-venant de la comédie française actuelle, mais l’ef­fet, cir­con­scrit dans un petit monde fer­mé, ne peut guère aller plus loin que l’in­stan­ta­né.