La comé­di­enne Lau­ra Morante passe der­rière la caméra – elle a cher­ché un cinéaste, sans le trou­ver – pour diriger une comédie roman­tique met­tant aux pris­es une emmerdeuse, une copine sym­pa et un beau ténébreux.

On est dans les rues de Paris, deux copines (qui doivent tra­vailler dans l’édition et l’ar­chi­tec­ture) par­lent de mecs ; c’est l’hiver, des flo­cons flot­tent dans l’air avec élé­gance, on fait la queue pour obtenir sa dose de mac­arons Ladurée. Se sachant cernée par quelques heureux chefs d’œuvres, Lau­ra Morante accepte le cliché, et donne même une tour­nure par­o­dique à son film – prom­e­nades dans les parcs, mine décon­fite du per­son­nage mas­culin en bord de Seine avec, dans son dos, la Tour Eif­fel éclairée ; des sit­u­a­tions et des décors arché­ty­paux, voici le pari de l’actrice-réalisatrice. Ne sup­por­t­ant pas les bois­sons gazeuses et la nour­ri­t­ure japon­aise, Aman­da (Lau­ra Morante) a aus­si la par­tic­u­lar­ité d’être androphobe – ceci sig­nifi­ant qu’elle rend impos­si­ble ce qui est pos­si­ble et ne peut tomber amoureuse que d’hommes avec lesquels elle n’a aucune chance. Flo­rence (Isabelle Car­ré), sa meilleure copine, va met­tre en place – avec l’aide de son mari psy qui lit tout le temps L’Équipe et ne par­le que par le biais de for­mules et dic­tons – des strat­a­gèmes lorsque Antoine (Pas­cal Elbé) pointe son nez. Sèche­ment délais­sé par sa femme un soir de réveil­lon, le bel écon­duit et Aman­da s’en­ten­dent à mer­veille. Une méprise devient le moteur des poten­tiels amoureux : l’an­drophobe pense qu’Antoine est homo­sex­uel. Main­tenir ce malen­ten­du per­me­t­tra à Aman­da de tomber amoureuse sans entre­pren­dre l’autodestruction de ce pos­si­ble. Mis au courant, Antoine se met à jouer le jeu.

Dans cette façon de jouer avec les clichés, plus que la comédie à l’italienne, Lau­ra Morante a sans doute en tête la screw­ball com­e­dy améri­caine. On a là en effet l’essentiel du bagage : abon­dance de quipro­qu­os – entre une femme dévas­ta­trice et un homme bal­lot­té par les événe­ments – et réu­nion finale du cou­ple qui s’est cher­ché sans se trou­ver pen­dant tout le film – à ceci près que les tourtereaux s’avèrent ici plutôt bien assor­tis à la dif­férence de, par exem­ple, Susan Vance (Katharine Hep­burn) et David Hux­ley (Cary Grant) dans L’Impossible Mon­sieur Bébé de Hawks. Mais l’évocation, juste­ment, de la comédie loufoque, per­met de mesur­er com­bi­en la barre est haute. Il manque au film de Lau­ra Morante tout ce dont sont riche­ment dotées les grandes réus­sites du genre : génie cor­porel et de la dic­tion des comé­di­ens ; dia­logues étince­lants ; ryth­mique, vitesse et vista d’une mise en scène au ser­vice des sit­u­a­tions et des effets comiques – accéléra­tions, rebondisse­ments, zigza­gs étour­dis­sants… Évidem­ment, on n’en demandait pas tant, il n’en reste pas moins que La Cerise sur la gâteau dégage une impres­sion terne, un air emprun­té, aus­si quelque chose de poli (au dou­ble sens de lisse et de politesse), invari­able­ment ennuyeux.