Après Les Femmes du 6ème étage, voici une nou­velle comédie cen­trée sur le per­son­nel de ser­vice des immeubles chics parisiens. Frais, léger, le pre­mier film de Ruben Alves n’en reste pas moins une sorte de télé­film amélioré un peu per­du sur grand écran.

Il y a des films malins qui trou­vent un sujet por­teur, parce que véhicule d’émotions sim­ples, et le trait­ent jusqu’au bout du fac­tice sans la moin­dre ver­gogne. C’était le cas des Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay, qui jouait du per­son­nage de grand bour­geois de Fab­rice Luchi­ni pour nous emmen­er dans le petit monde for­c­los des femmes de ménage espag­noles de son immeu­ble. L’aura cer­taine de Luchi­ni ser­vait de point de vue total­isant au film, pré­tendait mon­tr­er des pro­lé­taires avec empathie, mais ne fai­sait que rap­pel­er à chaque image la dif­férence de classe. Dans un dou­ble dis­cours retors, le pau­vre était à la fois une source de mépris rap­pelant à rebours la réus­site de celui qui porte le regard, et une sorte de diver­tisse­ment mondain faite de bonne con­science et de phil­an­thropie fre­latée.

La Cage dorée reprend le thème, mais pas du tout sous le même angle d’attaque. Les concierges por­tu­gais, le réal­isa­teur Ruben Alves les con­naît pour les avoir eus pour par­ents. For­cé­ment, le regard qu’il porte sur eux n’a aucune mar­que de con­de­scen­dance. Cette fois, ce sont les gens du bas de l’escalier social qui déti­en­nent le point de vue, ren­voy­ant leurs patrons habi­tants des beaux quartiers à des fig­ures de petits oppresseurs bon chic bon genre. L’inversion des rôles efface tout cynisme et pro­duit un film léger et frais, qui sus­cite une vraie sym­pa­thie. L’histoire d’amour à la Roméo et Juli­ette qui sous-tend le film est sim­pliste au pos­si­ble, l’héritage inespéré qui change la donne est une ficelle de scé­nario facile, mais le réc­it pro­pose une galerie de per­son­nages attachants qui font pass­er un moment agréable.

Après, La Cage dorée n’a pas grand-chose à pro­pos­er sur le plan de la forme. C’est filmé clean, net, façon télé­film. Les couleurs sont cri­ardes, tou­jours solaires même pour un papi­er peint. On est beau­coup dans le champ con­tre-champ, dans le mon­tage cut sur une réplique cen­sée faire mouche selon un principe finale­ment très vaude­ville. Il s’agit du pre­mier long-métrage de Ruben Alves, et on a par­fois l’impression que c’est son douze ou treiz­ième. Cela ras­sur­era son agent qui détient là un faiseur né qui pour­ra enchaîn­er les pro­jets et les con­trats, mais la démarche manque tout de même affreuse­ment de per­son­nal­ité. Le cast­ing est le seul aspect où l’on descelle une pointe d’originalité. Des acteurs por­tu­gais peu con­nus chez nous (Rita Blan­co, Joaquim de Almei­da…) occu­pent les pre­miers rôles et sont très bons. Et Chan­tal Lau­by, peu util­isée, ray­onne dans un rôle tail­lé sur mesure.

On pour­ra juste s’étonner que le ciné­ma français pro­duise à la chaîne ce type de films liss­es. Intouch­ables, La Cité Rose… Les comédies sociales se veu­lent asep­tisées, trai­tant du bout de l’objectif les iné­gal­ités qu’elles met­tent en scène. Il devient éton­nant de voir com­bi­en le sep­tième art hexag­o­nal se voit en cat­a­plasme, en panse­ment socié­tal, refu­sant de porter frontale­ment la caméra dans la plaie. Ce qui n’exclut pas for­cé­ment l’humour, pro­fondeur et légèreté n’étant pas for­cé­ment incom­pat­i­bles.