Alma, une jeune femme d’une ving­taine d’an­nées, a repris l’ex­ploita­tion agri­cole de son grand-père. Quelques années plus tôt, ce dernier, alors en grande dif­fi­culté finan­cière, s’est retrou­vé con­traint de ven­dre son olivi­er mil­lé­naire à une société privée qui l’a dérac­iné puis exporter vers l’Alle­magne. Sen­si­ble au désar­roi coupable de son grand-père mourant, Alma décide de tout ten­ter pour faire rap­a­tri­er l’ar­bre. Après avoir men­ti à ses com­pagnons d’in­for­tune pour les motiv­er à tra­vers­er un bout d’Eu­rope à bord d’un semi-remorque, la jeune femme sus­cite intérêt et ent­hou­si­asme auprès des asso­ci­a­tions et sur les réseaux soci­aux au point de béné­fici­er d’un sou­tien pop­u­laire. Épaulée par Paul Laver­ty, le scé­nar­iste de Ken Loach avec lequel elle avait déjà tra­vail­lé sur Même la pluie, Icíar Bol­laín tire de cette his­toire “inspirée de faits réels” l’op­por­tu­nité de con­stru­ire une oppo­si­tion entre l’Eu­rope du Nord, perçue comme froide et libérale, et l’Eu­rope du Sud, net­te­ment plus authen­tique et attachée à ses racines. Bien que manichéenne et dépourvue d’ambiguïté, cette lec­ture géopoli­tique som­maire évite néan­moins de tomber dans la car­i­ca­ture, notam­ment parce que la réal­isatrice a fait le choix plutôt heureux de nous racon­ter cette his­toire sous l’an­gle de la fable utopiste. Assumant pleine­ment la naïveté du pro­pos, le film sem­ble exis­ter pour gal­vanis­er le pub­lic et lui faire croire que tous les com­bats, même ceux qui seraient per­dus d’a­vance, méri­tent d’être menés.

Petite générosité

L’év­i­dente générosité du pro­pos rend l’ensem­ble plutôt sym­pa­thique : les per­son­nages prin­ci­paux sont suff­isam­ment lumineux et dynamiques pour sus­citer une empathie immé­di­ate tan­dis que les cap­i­tal­istes cyniques ne sont que des fig­ures loin­taines, préser­vant le film de som­br­er dans les démon­stra­tions volon­taristes et sim­plistes. Néan­moins, L’O­livi­er ne trou­ve jamais le souf­fle néces­saire, se con­tentant d’égrainer les scènes atten­dues comme autant de pas­sages oblig­és jusqu’à un dénoue­ment qu’on aura trop facile­ment anticipé. Si la mise en scène se veut rel­a­tive­ment généreuse en embras­sant les paysages par­cou­rus, l’aven­ture d’Al­ma n’en reste pas moins tris­te­ment anec­do­tique. Inca­pable de don­ner au per­son­nage la dimen­sion big­ger than life espérée, la réal­isatrice espag­nole se prend les pieds dans le tapis à coups de flash­backs nos­tal­giques et expli­cat­ifs ou à trop vouloir courir après le pathos à l’aide de nappes musi­cales pas très sub­tiles. À force de trop miser sur le sym­bol­isme appuyé de cette quête, avec ce que cela amèn­era comme boule­verse­ments intimes pour chaque per­son­nage impliqué, L’O­livi­er enferme son héroïne dans ce com­bat per­du d’a­vance dont les motifs sont trop cir­con­scrits à son intim­ité et à ses affects (soulager la con­science de son grand-père avant qu’il ne dis­paraisse) pour rejoin­dre la grande his­toire des com­bats poli­tiques.