Film-pud­ding comme on ne croy­ait plus en voir que sous la pat­te de Josée Dayan, le film pense ten­dre vers Tim Bur­ton, mais ne fait que démon­tr­er les lim­ites d’un cer­tain ciné­ma français dit pop­u­laire.

On aurait telle­ment aimé y croire. Voir un film français adap­tant l’un des chefs d’œuvre de la lit­téra­ture française et le mod­erniser, lui apporter un plus, le ren­dre acces­si­ble au plus grand nom­bre sans le dévi­talis­er. Hélas, ce n’est pas L’Homme qui rit qui exaucera ce vœu. Au con­traire, il ren­voie même à ce que le ciné­ma hexag­o­nal peut faire de pire. Il suf­fit de voir la scène d’introduction pour que la messe soit dite.

D’emblée, à peine les car­tons du générique égrainés, les pre­miers dia­logues sur­gis­sent, plats, sans enver­gure, sous la plume du scé­nar­iste Guil­laume Lau­rant sem­blant totale­ment tétanisé à l’idée de se mesur­er au grand Vic­tor Hugo. Tout sonne faux, la neige fait morceaux de coton, les décors sen­tent le car­ton-pâte, les cos­tumes ont le kitsch d’un con­cours Euro­vi­sion… On est dans le con­te, d’accord, dans l’outrance romanesque, dans le décalage voulu et revendiqué avec la réal­ité, ce qui bien sûr peut autoris­er tous les arti­fices même les plus voy­ants. Tim Bur­ton le réus­sit sou­vent très bien, Jean-Pierre Améris le rate con­scien­cieuse­ment. Parce qu’en fait il n’ose pas vrai­ment à y touch­er à son sujet plus que râpeux.

En effet, L’Homme qui rit n’est pas un texte sym­pa­thique, loin de là, on y traite de lutte des class­es, du poids des apparences, de mon­stru­osité et d’innocence, et le final en appelle presque à la révo­lu­tion. Le traite­ment prête au goth­ique, pour­tant le film ne s’y risque qu’à très peu d’occasions d’où une fac­ture glob­ale se tour­nant vers le télé­film d’époque.

On pour­rait cibler un manque de moyens, Jean-Pierre Améris n’a pas claire­ment le bud­get d’un Tim Bur­ton pour con­stru­ire son univers. Mais avoir 13 mil­lions d’euros à sa dis­po­si­tion, ce n’est quand même pas rien. Chaque séquence ren­voie plutôt à un défaut d’ambition. Exem­ple par­mi d’autres, la scène de bal où le jeune Gwyn­plaine (un Marc-André Grondin insipi­de) est intro­duit dans le grand monde ne compte qu’une petite quin­zaine de fig­u­rants faisant cer­cle, trop peu pour créer le rap­port de forces voulu, le con­traste de puis­sance qui sus­cit­erait une émo­tion et nous ferait partager l’inquiétude du héros. Jamais rien n’éclate, n’éblouit, ne fait ciné­ma en somme.

Les seuls mérites du film sont d’avoir gardé la fin du livre dans sa ter­ri­ble intran­sigeance et d’avoir troussé des scènes de théâtre de foire pour le coup assez réussies. Trop peu pour éviter de trou­ver le temps long et s’ennuyer ferme en atten­dant que les lumières se ral­lu­ment. Petit détail, L’Homme qui rit rap­pelle aus­si com­bi­en Gérard Depar­dieu est un bon acteur. Loin des polémiques actuelles, un peu plus con­cerné qu’à l’habitude, il éclabousse chaque scène de son tal­ent ani­mal, pesant ses silences, jouant à mer­veille du con­traste de son physique d’ogre et de sa fragilité à fleur de peau. Si seule­ment il pou­vait dompter sa flemme de par­venu et faire le petit effort de retrou­ver les plateaux de grands réal­isa­teurs…