Max­i­mo est un garçon de 12 ans. Élevé comme une fille dans une mai­son privée de mère, il est devenu la fig­ure fémi­nine du foy­er et en porte la respon­s­abil­ité et les con­séquences. Il fait le ménage, pré­pare les repas, s’ha­bille en rose et porte dans les cheveux un serre-tête de fleurs. Mais sa sex­u­al­ité ne remet pas en cause l’har­monie de sa famille, un père et deux frères plus âgés, petits caïds et receleurs locaux. La ren­con­tre de Max­i­mo avec Vic­tor, un jeune polici­er dont il tombe amoureux, le pousse à inter­roger la nature de son quo­ti­di­en et du réel qui l’en­toure.

Quelques images dis­tantes d’un bassin d’eau rem­pli de sacs d’or­dures stag­nant à la sur­face, quelques visions des quartiers pau­vres de Manille dont l’ac­tion ne sor­ti­ra jamais. Les pre­miers plans posent d’emblée le décor et l’esthé­tique du film : une image trem­blante, gran­uleuse ; par­fois même bal­ayée des stries de la vidéo. Le regard du cinéaste est lui aus­si posé. Il ne s’a­gi­ra pas de trou­ver des expli­ca­tions mas­sives ou de point­er des coupables mais de pro­pos­er un regard doux et sen­si­ble sur la réal­ité d’une classe sociale, d’une famille et d’un enfant.

Ren­due sans doute néces­saire par les con­di­tions de pro­duc­tion (le film a été réal­isé en 13 jours pour seule­ment 10 000 dol­lars), l’esthé­tique néo-réal­iste qui car­ac­térise le film témoigne de la grande lib­erté formelle qu’a cher­ché Auraeus Soli­to (ne rec­u­lant devant aucun faux-rac­cord que la tech­nique a ren­du néces­saire). Cette approche qua­si doc­u­men­taire, per­me­t­tant aux acteurs une grande spon­tanéité, per­met au réal­isa­teur de se détach­er des con­traintes tech­niques pour se con­cen­tr­er sur ce qui con­stitue l’essence du film : la cap­ta­tion d’une his­toire d’hu­mains dans leur quo­ti­di­en, leurs échanges et leur évo­lu­tion. Le duo Max­i­mo (Nathan Lopez) / Vic­tor (J.R. Valentin) en est l’une des plus grandes réus­sites. Il fonc­tionne en miroir, éprou­vé au rythme des événe­ments du quarti­er et en évo­lu­tion per­ma­nente. Vic­tor amène chez Max­i­mo une forme d’éthique, par ses idéaux de jeune polici­er et sa volon­té de jus­tice (Max­i­mo accepte de cou­vrir son frère crim­inel). Max­i­mo écoute, évolue et sauve Vic­tor de la cor­rup­tion qui se présente à lui lorsque ses illu­sions vac­il­lent.

Auraeus Soli­to pose, à tra­vers ses per­son­nages, un regard social sur cer­taines réal­ités des Philip­pines sans com­plai­sance ni juge­ment moral. Le meurtre, qui sec­oue le quarti­er et frac­ture sa famille, est dés­in­car­né (il n’est d’ailleurs pas représen­té ni les raisons expliquées), délesté de sa charge émo­tive mais donc pas pour autant banal­isé. « Je t’ai élevé pour vol­er et pas pour tuer », dit le père à son fils, réplique autant comique que sig­ni­fica­tive, qui place finale­ment l’acte du fils dans la con­ti­nu­ité directe bien qu’ex­ces­sive, du quo­ti­di­en qui car­ac­térise le quarti­er.

S’il ne prend pas de pos­ture out­rée, le film n’en reste pas moins dénué de point de vue. C’est encore une fois le père (Soli­man Cruz, acteur de théâtre remar­quable) qui apportera au film sa pro­fondeur dis­crète. Dis­cu­tant avec Max­i­mo qui se plaint de la vie qu’ils mènent, le père lui rap­pelle ce qui l’a poussé à quit­ter son tra­vail. Et la vio­lence de la réal­ité sociale réap­pa­raît, avec force et dis­cré­tion, avec la douceur de ces per­son­nages qui ten­tent de vivre et d’être heureux.