Arrivés au début des années 1960 en métro­pole avec des rêves plein la tête, les jeunes venus des départe­ments d’outre-mer ont sou­vent du faire face à de nom­breuses désil­lu­sions (chô­mage, inté­gra­tion dif­fi­cile, retour au pays impos­si­ble). C’est cette douleur qu’An­toine Léonard-Maes­trati tente de capter en récoltant de très nom­breux témoignages. Mal­heureuse­ment, les com­pi­la­tions n’ont jamais fait les bons doc­u­men­taires et l’ab­sence totale de mise en scène rend le pro­jet telle­ment anec­do­tique que seule la pop­u­la­tion antil­laise risque d’y trou­ver son compte.

Au début des années 1960, la métro­pole se remet avec dif­fi­culté de la fin de la guerre d’Al­gérie. En pleines Trente Glo­rieuses, le ter­ri­toire fait appel aux jeunes pop­u­la­tions issues des départe­ments d’outre-mer (prin­ci­pale­ment la Guade­loupe et la Mar­tinique) pour sub­venir au manque de main d’œu­vre. Pour une grande par­tie de la pop­u­la­tion antil­laise, l’op­por­tu­nité sem­ble rêvée : par­tir d’une île qui croule sous le chô­mage et une rel­a­tive pau­vreté pour bien mieux gag­n­er sa vie était une propo­si­tion que peu à l’époque se per­me­t­taient de refuser. Évidem­ment, l’ar­rivée en métro­pole ne fut pas à la hau­teur de leurs espérances : le plus sou­vent par­qués dans les nou­velles cités en périphérie de la cap­i­tale, les nou­veaux arrivants souf­fraient aus­si de voir que leur inté­gra­tion n’é­tait pas aus­si aisée qu’ils l’au­raient imag­inée, con­scients qu’ils étaient seule­ment français pour les mau­vais­es raisons.

Antoine Léonard-Maes­trati s’est donc mis en tête de récolter les réac­tions de ceux qui sont venus en métro­pole. Sans tran­si­tion véri­ta­ble, on passe donc d’une famille établie dans une ban­lieue mod­este à un cou­ple revenu vivre sur leur île natale en pas­sant par de mul­ti­ples por­traits de familles, d’in­ter­ven­tions d’hommes poli­tiques (Aimé Césaire) ou pas (Lil­ian Thu­ram). Out­re le fait que les inter­ven­tions ne sont pas tou­jours très pas­sion­nantes parce qu’elles dis­ent toutes plus ou moins la même chose (la nos­tal­gie de l’île, les désil­lu­sions d’au­jour­d’hui), L’avenir est ailleurs souf­fre d’une absence totale de con­struc­tion. Le mon­tage cumule les témoignages sans en faire ressor­tir les véri­ta­bles enjeux. La mise en scène, moins exis­tante encore que dans un reportage télé, se borne à altern­er les plans d’ensem­ble (les jeunes dans la cité) et gros plans. Pire peut-être est la recon­sti­tu­tion du départ d’une jeune femme pour la métro­pole qui ressem­ble davan­tage à un pas­tiche qu’à un tra­vail doc­u­men­té.

Mais ce qui fait prob­a­ble­ment le plus défaut à L’avenir est ailleurs, c’est son absence de réflex­ion poli­tique. Depuis 1962 et la pre­mière vague de migra­tion, la métro­pole n’a pas eu une poli­tique con­stante et uni­forme sur l’in­té­gra­tion et sur les rela­tions qu’elle décidait d’en­tretenir avec ses départe­ments d’outre-mer. L’an­née dernière encore, le souhait d’in­scrire le « rôle posi­tif » de la coloni­sa­tion dans les livres d’his­toire a provo­qué un tol­lé général et a valu à Nico­las Sarkozy l’an­nu­la­tion d’un voy­age aux Antilles. Mais de tout cela, rien ne transparaît ici. La masse poli­tique reste donc obscure tout comme la métro­pole en un sens. Le doc­u­men­taire reste totale­ment replié sur son sujet, ne con­stru­it aucun pont entre les DOM et la métro­pole, au point qu’il est bien dif­fi­cile d’imag­in­er que le film puisse amen­er le moin­dre débat.