Dans une petite ville tran­quille des États-Unis, la dis­pari­tion d’une jeune lycéenne nom­mée Car­olyn boule­verse la vie de sa mère et de quelques-unes de ses cama­rades soucieuses de la retrou­ver. Leur recherche s’accompagne de quelques visions macabres (cadavres, coulées de sang et autres couteaux aigu­isés), tan­dis que la mère de la jeune fille sem­ble peu à peu tomber dans la folie et la dépres­sion. Évo­quant indé­ni­able­ment la mort de Lau­ra Palmer dans Twin Peaks, Knives and Skin n’a pas l’aura mys­térieuse et dérangeante de l’œuvre lynchéenne. Lorsque la mère embrasse par exem­ple l’amant de sa fille introu­vable, ou que deux lycéennes s’échangent des objets cou­verts de cyprine, la volon­té de cho­quer prend ain­si le pas sur la mise en place d’une réelle étrangeté. L’éclairage tout en lumières ros­es et bleutées, de même que la bande-son planante de Nick Zin­ner, gui­tariste du groupe new-yorkais Yeah Yeah Yeahs, ten­tent pour­tant d’insuffler une atmo­sphère onirique et éthérée au film. La répéti­tion entê­tante de cer­tains élé­ments (un clown triste, un pull en ango­ra) pour­suit ce même objec­tif, de même que les cos­tumes de déess­es punk dont sont vêtues les lycéennes ou les surim­pres­sions qui accom­pa­g­nent les chœurs musi­caux en for­mant des bou­quets d’images. L’ultra-stylisation de l’ensemble cherche trop à flat­ter l’œil, au risque de n’aborder que super­fi­cielle­ment cer­tains enjeux.

Dans ce teen movie qui lorgne vers le film d’horreur, le genre s’inscrit comme un sim­ple orne­ment : c’est le ver­nis couleur « bain de sang » dont une mère souhaite recou­vrir les ongles d’une jeune fille, ou la let­tre que l’héroïne grave à même la chair du garçon qui a ten­té d’abuser d’elle. Par ailleurs, Knives and Skin s’inscrit délibéré­ment dans un ancrage fémin­iste, à tra­vers ses fig­ures de mères folles et de filles cru­elles éloignées des stéréo­types. En dres­sant une liste exhaus­tive des tabous liés à la féminité, des règles jusqu’au port du voile, Knives and Skin prend toute­fois le risque de martel­er un dis­cours trop lit­téral, du « Girls just wan­na have fun » que Car­olyn envoie au groupe de lycéennes au « I treat girls like shit » que l’une d’elles inscrit sur le blou­son d’un amant. Trans­for­més en éten­dards et man­quant de car­ac­tère pro­pre, les per­son­nages per­dent de leur con­sis­tance. L’ajout de sous-titres flashy dans les scènes de chorale, où la troupe entière­ment fémi­nine con­sti­tu­ait pour­tant un bel emblème de soror­ité, est symp­to­ma­tique de la manière dont la dimen­sion poli­tique du film s’efface ici sous une surabon­dance d’effets.