Les temps d’un été, adultes et enfants vivent leur vie ; les sen­ti­ments sont ardents comme le lit de brais­es d’un bar­be­cue prêt à saisir la viande sur son grill.

Une famille dys­fonc­tion­nelle – époux au bord de la rup­ture, fils tour­men­té – arrive en camp­ing pour les vacances. Nic se con­stitue un groupe d’amis et va vivre son ini­ti­a­tion sen­ti­men­tale auprès de Marie, égale­ment écorchée vive. Pen­dant ce temps, plutôt qu’un rabi­bochage, ses par­ents se déchirent. Tan­dis que Mon­sieur a ten­dance à abuser de la bouteille et de la vio­lence envers Madame, cette dernière trou­ve récon­fort et bien­veil­lance auprès du voisin motard, dont le blou­son de cuir dis­simule, comme cha­cun le sait, un cœur ten­dre, mais aus­si, on le sait moins, un être pétri de cul­ture. Rolan­do Col­la vise la justesse, mais il en a une idée telle­ment pré­cise qu’il ne laisse rien émerg­er et plaque sa représen­ta­tion de celle-ci, par­ti­c­ulière­ment dans sa pein­ture de milieux pop­u­laires rugueux et dignes, por­teurs d’une forme de présence poé­tique. Ce qui nous fait dire qu’au pays de Pasoli­ni, tout le monde ne s’ap­pelle pas Pier Pao­lo…

Il sem­ble que l’on tienne là un sacré numéro en la per­son­ne de Rolan­do Col­la ; tout y passe : la piteuse écri­t­ure de per­son­nages cam­pés par de mau­vais comé­di­ens atro­ce­ment dirigés – adultes comme enfants, tout le monde est logé à la même enseigne. La sen­si­bil­ité décrétée et revendiquée se trans­forme invari­able­ment en une invraisem­blable mièvrerie, la cru­auté en mau­vaise blague, la déli­catesse en incur­sion d’une red­outable armée de gros sabots. C’est peu dire que Jeux d’été croule sous un maniérisme pom­peux à plusieurs couch­es – rien n’y échappe : image fausse­ment vibrante, musique tou­jours prête à venir jouer le sta­bi­lo émo­tion­nel, sophis­ti­ca­tion sonore en toc. En quelques min­utes, la coupe est pleine! Pour ne point rester seule­ment négatif et puisque le film s’aven­ture sur le ter­rain de la par­en­thèse esti­vale ini­ti­a­tique sen­suelle, cru­elle et trou­blante, c’est peut-être le moment de se fendre d’un con­seil.
1) En cas d’en­vie pres­sante : revoir Tomboy de Céline Sci­amma.
2) En faisant œuvre d’un peu de patience : atten­dre la sor­tie prochaine de L’Été de Gia­co­mo d’A­lessan­dro Comodin.
3) Option pat­ri­moine : l’œu­vre homonyme d’un cer­tain Ing­mar Bergman, Som­mar­lek dans son titre orig­i­nal.