Adèle est du genre pas sim­ple, une tête en l’air qui s’emberlificote dans des his­toires à dormir dehors alors que le grand amour frappe à la porte. Pas facile de dire oui pour celle qui ne sait pas dire non. Quelques élé­ments fan­tasques, mais cette comédie roman­tique ne parvient pas à s’éloigner d’un genre bien borné, pour ne pas dire plom­bé.

Com­ment se retrou­ve-t-on à vouloir cou­vrir ce pre­mier film d’Iliana Lolic ? La réponse est sim­ple : il s’agit d’une des comé­di­ennes fétich­es de Luc Moul­let depuis 1996, dont Le Pres­tige de la mort (2006), Les Naufragés de la D17 (2001) ou Le Fan­tôme de Longstaff (1996). Dans ces con­di­tions, on est for­cé­ment caressé par le fol espoir que l’homme des roubines lui ait trans­mis ne serait-ce qu’un peu de sa drô­lerie furieuse, grinçante et dévas­ta­trice. Et, avant de se ren­dre à la pro­jec­tion, pour con­jur­er un éventuel mau­vais sort ; un petit cierge à la Sainte Chapelle ciné­ma pour assur­er le coup…

L’idée qui pré­side à Je ne dis pas non est de se caler dans les rails de la comédie sen­ti­men­tale pour s’en affranchir. Adèle (Sylvie Tes­tud) est une rêveuse qui ne fait que lire des his­toires, elle tra­vaille dans l’édition. C’est une con­tem­pla­tive qui porte une atten­tion aux petites aspérités poé­tiques du quo­ti­di­en. On peut dire qu’elle porte un regard décalé sur le réel, à not­er par exem­ple qu’elle « aime bien la lumière du fri­go sur les fleurs », c’est pour cette rai­son qu’y trô­nent ses bou­quets. Côté cœur, elle « fréquente de tout » ; un petit mal­frat, un homme mar­ié, un employé de la ménagerie du Jardin des Plantes. Adèle con­naît un peu le cha­grin, mais ne sait pas ce qu’est l’amour, ne par­venant pas notam­ment à se faire larguer. C’est alors que s’installent des ren­con­tres régulières dans un café avec Mat­teo (Ste­fano Accor­si), ital­ien et écrivain de son état. Comme on dit : ça crève les yeux comme le nez au milieu de la fig­ure. Mais évidem­ment, telle Sœur Anne, elle ne voit rien venir.

Les qual­ités de Je ne dis pas non rési­dent en peu de choses. Les dia­logues sont plutôt bien troussés et se révè­lent mar­qués par une fan­taisie qui fait par­fois mouche grâce au côté brut de décof­frage de la donzelle. Alors on s’amuse par­fois des répliques, comme « S’il vous plaît, pas de vio­lence, ou je casse tout. » Ou bien lorsqu’un squat­teur d’un soir avoue qu’il sort de taule, elle lui rétorque pleine de bien­veil­lance : « Ah non ! ça ne me gêne pas, je ne suis pas con­tre la prison. » Et Sylvie Tes­tud jouit d’un bel aplomb dans cet exer­ci­ce de décalage et de déphasage vis-à-vis du réel et de la bien­séance. Mais tout ça est faible et n’empêche pas le film, une fois que l’on a fait con­nais­sance avec le per­son­nage, d’entrer dans un ron­ron sans relief. Notam­ment du fait d’une mise en scène, certes soignée, mais très sage et sans rythme, don­nant un aspect linéaire à l’ensemble. Puis enfin, l’intrigue sen­ti­men­tale entre Adèle et son bel Ital­ien est fort mai­grelette, on finit par ne plus lever le moin­dre sour­cil au fil de leurs entre­vues. Et l’acteur Ste­fano Accor­si se révèle bien terne. C’est ain­si qu’on se prend à être pressé qu’ils met­tent le cou­vert, afin d’entamer, après l’échec du cierge, une séance de spiritisme avec cette ques­tion : « Esprit de Luc Moul­let, es-tu là ? »