Pre­mier long-métrage de Xavier Seron, Je me tue à le dire dépeint la crise exis­ten­tielle de Michel, un homme proche de la quar­an­taine, pris entre une petit copine incon­stante et une mère étouf­fante con­damnée à moyen terme par un can­cer du sein. Traité sur le mode tragique/absurde, le film s’at­tache, sous ses airs décon­trac­tés et en dépit de son réc­it éclaté, à trou­ver sa cohérence et à ne pas suc­comber aux effets de manche, ceux qui font tou­jours douter de la sincérité d’une démarche. Ici, ce qui rend le per­son­nage prin­ci­pal attachant, c’est la manière dont le réal­isa­teur pro­jette le corps lourd de son inter­prète dans une suc­ces­sion de scènes désac­cordées qui, au lieu de lim­iter le dis­posi­tif à jouer sur des effets de décalage un peu faciles, parvient au con­traire à irriguer le film d’une sen­ti­men­tal­ité con­trar­iée : entre la petite amie, dont l’in­sécu­rité per­ma­nente finit par régir les rap­ports de force au sein du cou­ple, et la mère, mon­u­ment de cul­pa­bil­ité, qui char­rie avec elle tout ce qui a fait la force de sa rela­tion avec son fils, Michel est de chaque instant la somme de toutes ses expéri­ences passées. Cette grav­ité – au sens pro­pre comme fig­uré – qui par­court le film n’est pas pour autant signe de lour­deur : s’il est con­scient de sa pro­pre mor­tal­ité, au point de crain­dre d’être lui aus­si atteint d’un can­cer du sein, le per­son­nage n’en garde pas moins cet éton­nement décon­te­nancé en toutes cir­con­stances.

C’est dans l’air

Mais si la sincérité de la démarche fait peu de doutes et que le film trou­ve bien sa cohérence, on aurait néan­moins aimé que le réal­isa­teur sorte un peu plus de sa zone de con­fort et qu’il s’af­fran­chisse de cer­taines références désor­mais facile­ment iden­ti­fi­ables (Sébastien Betbed­er, Antonin Peret­jatko ou encore Vin­cent Macaigne auquel Jean-Jacques Rausin fait inévitable­ment penser). Si cela n’amoin­drit pas pour autant la jolie ambi­tion du film et que le regard du réal­isa­teur se tient tou­jours à juste hau­teur de ses per­son­nages (alors qu’il aurait été facile de tomber dans le mépris en se gar­garisant des petites névros­es de cha­cun), on voit néan­moins poindre quelques fior­i­t­ures qui trahissent un peu l’e­sprit «cool» de l’ensem­ble : un noir et blanc dis­pens­able qui ne sem­ble là que pour don­ner au film un côté arty ou encore quelques scènes qui flir­tent avec l’ex­o­tisme soci­ologique “affreux sales et méchants” (notam­ment lorsqu’un cou­ple vient vis­iter la mai­son accom­pa­g­né d’un agent immo­bili­er). Il n’empêche qu’en dépit de ces quelques réserves, Je me tue à te le dire a du souf­fle. Sa capac­ité per­ma­nente à savoir rire des sit­u­a­tions les plus trag­iques sans nier leur poten­tiel dra­ma­tique con­fère au résul­tat un charme à la fois déli­cat et emprunt d’une énergie com­mu­nica­tive.