Pim­pante quadragé­naire, Nathalie Pêcheux a tout pour être heureuse : bril­lante pro­fesseure de let­tres en khâgne, mère d’une ado­les­cente de dix-huit ans au car­ac­tère facile, elle est bien entourée et a su même rester en bons ter­mes avec son ex-mari qui l’a quit­tée pour une femme plus jeune et plus écervelée qu’elle. Mais Nathalie va vite com­pren­dre qu’elle est à une péri­ode cri­tique de son exis­tence : à l’ap­proche de la ménopause (parce qu’il faut tou­jours une expli­ca­tion hor­monale à l’hys­térie), frus­trée sex­uelle­ment (parce que c’est for­cé­ment là que l’ai­greur vient trou­ver son ter­reau), elle perd peu à peu le con­trôle de son exis­tence. Tout sem­ble com­mencer le soir de la fête-sur­prise d’an­niver­saire de sa fille : sa jalousie à l’é­gard des autres (sa fille qui béné­fi­cie de l’amour indé­fectible de son petit ami, sa meilleure amie tou­jours heureuse après vingt ans de mariage, etc.) se man­i­feste sans le moin­dre fil­tre. De plus en plus irri­ta­ble, manip­u­la­trice, cul­pa­bil­isante mais tou­jours sûre de son bon droit, Nathalie com­mence à faire vivre un enfer à sa famille, ses amis et ses col­lègues qui finis­sent pro­gres­sive­ment par lui tourn­er le dos.

Vous les femmes

Il est dif­fi­cile de ne pas être inter­pelé par l’ar­gu­ment comique un peu dou­teux sur lequel repose la nou­velle comédie de David et Stéphane Foenk­i­nos : garce en puis­sance que l’on adore détester, le per­son­nage de Nathalie con­firme à peu près tous les stéréo­types misog­y­nes qui font légion. Inca­pable de con­trôler ses émo­tions et totale­ment dépassée par la puis­sance de son incon­scient, elle fait en revanche face à des hommes (son ex-mari, un homme qu’on vient de lui présen­ter, le mari de sa meilleure amie, le pro­viseur) qui, eux, restent imper­turbables face à ses excès et finis­sent tou­jours par la ramen­er à la rai­son. Dans une drôle de scène où la pro­fesseure fait face à une nou­velle recrue qui lui fait con­cur­rence (Anaïs Demousti­er), le dia­logue vachard qui se met rapi­de­ment en place (à coups de vannes bien bal­ancées sur l’é­tat de frus­tra­tion de notre héroïne) laisse presque enten­dre que chaque femme de pou­voir se prédes­tin­era à un moment à cet état bor­der­line, inca­pable de trou­ver un équili­bre entre son appétit dévo­rant et ce que la vie est en mesure de lui don­ner. On pour­ra en tous cas aisé­ment com­pren­dre que cer­tains grin­cent des dents face à ce por­trait de femme qui ne fait pas dans la den­telle.

Le bal des actrices

En dépit de toutes ses lim­ites, Jalouse n’est pas totale­ment dépourvu de qual­ités. Si la mise en scène ne brille d’au­cun génie par­ti­c­uli­er et sem­ble être entière­ment mise au ser­vice de l’ac­trice prin­ci­pale, c’est plutôt du côté de l’écri­t­ure qu’on pour­ra trou­ver quelque chose à se met­tre sous la dent. Le scé­nario, plutôt bien ficelé mal­gré une pre­mière par­tie pous­sive, et les dia­logues, tou­jours alertes, se gar­dent bien de som­br­er dans le sen­ti­men­tal­isme facile ou de résoudre d’un coup de baguette mag­ique les enjeux amor­cés par les dérives de Nathalie. Plutôt bien dess­inés et évi­tant de peu la car­i­ca­ture (notam­ment la sec­onde épouse un peu idiote), les per­son­nages sec­ondaires per­me­t­tent au film de béné­fici­er de quelques appels d’air et d’of­frir quelques con­trechamps à ce qui con­stitue la trop omniprésente colonne vertébrale du film. Une jolie par­en­thèse se des­sine même dans le dernier quart du film : alors qu’elle sem­ble avoir atteint un point de non-retour, la pro­tag­o­niste fait la con­nais­sance d’une vieille femme bien­veil­lante auprès de laque­lle elle s’é­panche sur son mal-être. Dans ce court instant, le réc­it emprunte un chemin de tra­verse bien­venu, ne faisant plus de l’a­battage — d’une effi­cac­ité red­outable, il faut le recon­naître — de Karin Viard le seul argu­ment du film. L’ac­trice parvient toute­fois à s’af­franchir d’un dis­posi­tif filmique trop recro­quevil­lé sur lui-même en jouant habile­ment de son corps, capa­ble de pass­er en un quart de sec­onde de la séduc­tion assurée à l’embarras. C’est dire si Jalouse lui doit beau­coup.