Après avoir super­visé de nom­breux clips pour Mylène Farmer et réal­isé un désas­treux pre­mier long-métrage, Giorgino, en 1994, Lau­rent Bou­ton­nat tente à nou­veau sa chance au ciné­ma avec ce Jacquou le Cro­quant édi­fi­ant de bout en bout. Il fal­lait oser autant de kitsch en 2007.

C’est l’his­toire d’un chien rebelle qui court à tra­vers champs au ralen­ti comme dans une pub Roy­al Canin. C’est l’his­toire de la méchante noblesse ultra qui fait abat­tre ce chien trop dan­gereuse­ment insoumis et qui blesse la mère de Jacquou au pas­sage. C’est l’his­toire du père de Jacquou qui s’empare d’un fusil pour défendre sa famille au risque de sa vie. C’est l’his­toire d’un comte car­ac­tériel et despo­tique qui n’a pas d’ex­cel­lents rap­ports avec sa jeune fille déjà fan de goth­ique. Mais surtout, c’est l’his­toire de Jacquou le Cro­quant, petite gueule d’amour pouilleuse devenu un bel éphèbe inex­pres­sif, qui incar­ne mal­gré lui une des fig­ures emblé­ma­tiques de la révo­lu­tion par pure vengeance per­son­nelle. C’est enfin le sort trag­ique d’un réal­isa­teur qui n’a rien à dire, cumule les pon­cifs et les clichés dans l’e­spoir de ne pas ren­dre les 2h30 de pro­jec­tion totale­ment indi­gestes.

Dif­fi­cile pour un réal­isa­teur de vidéo­clips de la trempe de Lau­rent Bou­ton­nat de sur­mon­ter un tel pas­sif et de con­va­in­cre de la crédi­bil­ité d’un pro­jet tel que l’adap­ta­tion d’un clas­sique de la lit­téra­ture. Dans les années 1980, le Pyg­malion de Mylène Farmer a révo­lu­tion­né le petit écran avec de véri­ta­bles courts-métrages très ambitieux qui illus­traient des tubes aus­si mémorables que “Lib­er­tine”, “Sans con­tre­façon” ou encore “Pourvu qu’elles soient douces” (17 min­utes, un record pour l’époque). Le prob­lème majeur, c’est qu’en­tre cet ancien désir de ciné­ma et ce nou­veau pro­jet, rien n’a évolué. Les nom­breuses fig­ures qui peu­plaient l’u­nivers de Mylène Farmer sont exacte­ment les mêmes aujour­d’hui. Sur 2h30, Lau­rent Bou­ton­nat se passe de toute épais­seur psy­chologique et se con­tente de dia­logues édi­fi­ants sur l’in­jus­tice, le par­don ou encore la vengeance, le tout embour­bé dans une musique absol­u­ment insup­port­able. Plus dou­teux encore, Jacquou le Cro­quant se com­plaît à représen­ter la crasse et la bêtise des Français du début du XIXe siè­cle, entre­coupées d’in­stants de pure vio­lence qui, insup­port­able­ment filmés au ralen­ti et en gros plan, rap­pelle la mor­bid­ité toc d’un clip comme “Beyond my con­trol”. Entre Jacquou et Jacquouille, il n’y a qu’un pas que le réal­isa­teur fran­chit allè­gre­ment.

En bon tech­ni­cien (pho­to impec­ca­ble, mon­tage nerveux à la lim­ite du sup­port­able), Lau­rent Bou­ton­nat n’a jamais réus­si à se dépar­tir de son tra­vail antérieur. Çà et là, on retrou­ve la noblesse déca­dente de “Lib­er­tine”, les forêts enneigées peu­plées de loups de “Tris­tana” (pour rap­pel l’ac­tion se passe quand même en Dor­dogne), la noy­ade au ralen­ti de “Ain­si sois-je”, la révolte de “Désen­chan­tée” ou encore les brumes mar­itimes de “À quoi je sers ?”. Le film plaira aux fans de la rousse énig­ma­tique ; pour les autres, ils pour­ront compter le nom­bre incroy­able de ralen­tis involon­taire­ment comiques, se désol­er du naufrage général­isé d’ac­teurs de tal­ents (Olivi­er Gourmet, Albert Dupon­tel, Marie-Josée Croze, Malik Zidi) ou exam­in­er la fos­sette du beau Gas­pard Ulliel qui, depuis Les Égarés et son César pour son rôle insignifi­ant dans Un long dimanche de fiançailles, enchaîne navets sur navets. La sor­tie prochaine d’Han­ni­bal Lecter, les orig­ines du mal ne risque pas de nous faire chang­er d’avis.