Chez les expor­ta­teurs de films, le résul­tat au box-office nation­al est bien sûr un fort argu­ment de vente. Voilà com­ment, au-delà du radar cinéphile des Fes­ti­vals et du réseau art-house, mais aus­si des groupes multi­na­tionaux, des comédies nationales s’exportent en ver­tu de leur suc­cès à domi­cile. Ce fut le cas d’Intouch­ables ou Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, ven­dus dans le monde depuis la France.

J’arrête quand je veux, c’est le car­ton ital­ien – 5 mil­lions de dol­lars au BO nation­al. Soit l’histoire banale (car elle rap­pelle étrange­ment celle de la série Break­ing Bad, et va jusqu’à grimer un de ses per­son­nages en Wal­ter White…) de quelques sur­doués, uni­ver­si­taires frus­trés par la crise qui touche tout un cha­cun. Ils déci­dent, poussés par le neu­ro­bi­ol­o­giste Pietro, de se lancer dans le deal. Parce que Pietro s’est enfer­ré dans un men­songe auprès de sa com­pagne, ils vont pro­duire un psy­chotrope aus­si légal (car non encore clas­si­fié comme tel) que de pre­mière qual­ité. S’ensuivent argent facile, tchatche ital­i­enne et flam­bées habituelles, enrobés des gags de rigueur.

Une formule logique

À l’image du pitch sur lequel il repose et se donne tout entier, le film de Syd­ney Sibil­ia (un pre­mier film, des dires du réal­isa­teur lui-même une sorte de pot-pour­ri de tout ce qu’il est pos­si­ble et bon de faire : « Nous avons alors fait une liste de tout ce que nous aimons au ciné­ma et nous l’avons con­cen­tré dans ce film. ») – ce film donc est un pur pro­duit, mar­keté et cal­i­bré pour touch­er les sen­si­bil­ités nationales et les met­tre au goût neu­tre et con­forme du glob­al­isé. Alber­to par exem­ple, le chimiste en sur­poids con­damné à faire la plonge dans un resto chi­nois, se prend d’amour pour cette drogue qu’il ne cesse d’expérimenter… Ce n’est qu’un exem­ple de l’application du réal­isa­teur et ses acolytes à fon­dre leur humour dans un moule : ce per­son­nage grotesque est joué par un acteur plutôt bon et hors du com­mun qui rap­pelle plus qu’il ne faut l’Américain Zach Gal­i­fi­anakis… La liste est longue, elle enferme J’arrête quand je veux dans une for­mule : voir ici ce qui est cen­sé marcher.

Mal­gré une cer­taine habileté dans l’introduction de cha­cun de ces per­son­nages, intel­los inadap­tés et réduits au plus grotesque par une économie qui les méprise, l’humour de J’arrête quand je veux se résume à un exer­ci­ce de réécri­t­ure de tant de stéréo­types de la comédie hol­ly­woo­d­i­enne. Le rire est pau­vre, car il grandit sur le ter­reau d’une mis­ère cool et col­orée à laque­lle le film ne se con­fronte jamais vrai­ment. On ne s’éternisera pas, d’ailleurs, sur un extrav­a­gant choix de musiques (dès l’ouverture du film, ponc­tuée par The Off­spring…) qui annon­cent en clig­no­tant la cible « jeune » un peu ringarde de cette comédie et de ses gros sabots.

Comment rassembler des indices empiriques dans ce boucan ?

Pen­dant que l’intrigue suit son chemin bal­isé, de l’entrée en scène de Murène, le vrai et sérieux méchant qui n’est pas très con­tent, à l’annonce de la grossesse de la petite amie délais­sée sur le point de rompre, J’arrête quand je veux n’épargne aucun pas­sage obligé de la comédie qui marche. Refu­sant de se saisir des sujets qu’il exploite – le deal par exem­ple n’est abor­dé que d’un point de vue légal, les petits boulots dans lesquels les uni­ver­si­taires méprisés se retrou­vent ne sont matière qu’à rire avec un peu de pitié – ce pre­mier film ital­ien plonge quand même dans cha­cun d’eux, l’air de rien… se lais­sant aller sur la pente glis­sante du pop­ulisme aux mains pro­pres. La comédie ne nous épargne aucun atome d’une for­mule bien car­rée, cen­sée recou­vrir ses quelques bonnes et inven­tives idées sous le ver­nis de ce qui est con­ven­able pour tous, partout.