Iris et les hommes s’ouvre sur une promesse qui ne sera pas tenue. Au détour d’un ren­dez-vous chez un ostéopathe, des plans très ser­rés vien­nent com­primer les mem­bres de Lau­re Calamy alors que le médecin la con­tor­sionne dans tous les sens. L’inscription du corps de l’actrice dans le cadre vaut ici pour seule mécanique comique, si bien que la séquence sem­ble pro­longer et rad­i­calis­er le geste d’Antoinette dans les Cévennes, qui ser­vait avant tout d’écrin à l’interprétation de Calamy. Hélas, le film délaisse rapi­de­ment cet hori­zon en faveur d’une comédie de mœurs beau­coup plus bal­isée. Iris, une mère de famille à la tête d’un cab­i­net den­taire, décou­vre les pos­si­bil­ités offertes par les appli­ca­tions de ren­con­tre pour renouer avec sa libido. Le film s’inscrit ain­si dans un nou­veau sous-genre du ciné­ma pop­u­laire français qui exam­ine les con­séquences de l’avènement des réseaux soci­aux et d’Internet sur les rela­tions humaines (Effac­er l’historique, Self­ie, Deux Mois, Celle que vous croyez…). Car­o­line Vig­nal s’avère toute­fois soucieuse de ne pas tomber dans un dis­cours techno­phobe en envis­ageant ces applis de ren­con­tre comme un out­il dont ses per­son­nages s’emparent pour assumer libre­ment leurs désirs.

Il n’empêche que le film reste miné par un para­doxe : si le dis­cours porté par la nar­ra­tion se veut mod­erne, son comique repose sur des gags déjà un peu datés. Appren­dre à séduire par mes­sage, se met­tre en scène avec des self­ies, être dérangée par les vibra­tions impromptues de son télé­phone : le film traite ces sit­u­a­tions très ordi­naires comme si elles étaient encore drôles et éton­nantes en elles-mêmes. Les scènes de ren­con­tres souf­frent du même tra­vers ; a pri­ori rich­es en imprévus et malen­ten­dus, les ren­dez-vous d’Iris avec ses amants pro­vi­soires sont éton­nam­ment banals et sem­blent surtout des­tinés à faire rire un pub­lic pour qui les applis de ren­con­tre relèvent encore d’une pra­tique saugrenue. D’autant que ces ressorts comiques, à la fois ringards et paresseux, s’appuient trop sur le seul tal­ent de l’actrice. Un gag récur­rent en atteste : à chaque fois qu’un homme lui envoie un mes­sage, le portable d’Iris vibre bruyam­ment, entraî­nant un plan sur le vis­age d’Iris, entre gêne et exci­ta­tion retenue, qui s’empresse d’interrompre sa con­ver­sa­tion ou son tra­vail pour saisir son télé­phone. Curieuse­ment, le film table trop sur l’abattage de Calamy (sa seule présence est sup­posée ren­dre drôle une scène ordi­naire) tout en alig­nant des séquences qui ne lui per­me­t­tent pas de déploy­er pleine­ment la folie de son per­son­nage. En somme, Iris et les hommes ne parvient pas à retrou­ver le bel équili­bre qui don­nait à Antoinette dans les Cévennes ses meilleurs moments.