L’his­toire de trois étu­di­ants qui se retrou­vent con­fron­tés à la vio­lence urbaine des fave­las, à la dif­fi­culté d’aimer et de trou­ver des repères dans un monde trou­blé. Un film qui se voudrait généra­tionnel, prenant le par­ti de ceux qui ont décidé d’a­gir, mal­gré le dis­crédit de la poli­tique et la cor­rup­tion général­isée. Mal­heureuse­ment, le réal­isa­teur ne parvient pas à se défaire des tics du « film de jeunes » et se prend les pieds dans un scé­nario improb­a­ble.

Leon est noir. Étu­di­ant en socio. Il vit en colo­ca­tion avec Paulo, étu­di­ant en médecine. Leti­cia est l’amoureuse de Leon. Étu­di­ante en archi. Lorsqu’elle ren­con­tre Paulo, ils tombent amoureux, mais ne veu­lent rien engager pour ne pas pein­er Léon. Pen­dant ce temps, Rita attend. Attend que Leon la regarde avec les yeux de l’amour. Rita et Leon tra­vail­lent ensem­ble à une étude soci­ologique : École et foot­ball dans les fave­las. Tous ces braves jeunes gens dans la fleur de l’âge sont con­fron­tés à leur entrée dans le monde réel. Seule­ment – ô décep­tion ! –, c’est un monde cru­el qu’ils décou­vrent, et le réal­isa­teur nous invite à suiv­re leurs désil­lu­sions (la mis­ère, c’est trop moche) et leur rebondisse­ments sen­ti­men­taux (Leon est tou­jours amoureux de Leti­cia, mais Leti­cia finit par le quit­ter, elle hésite parce que Paulo sem­ble la repouss­er, mais en fait il est fou d’elle et ils finis­sent par tomber dans les bras l’un de l’autre). Franche­ment, ça se passerait en France, on n’en aurait cure. Reste qu’il y a la pat­te exo­tique, langue brésili­enne – plages de rêves – sam­ba – paysages grandios­es – touch­es d’é­mo­tion dans les fave­las et à l’hôpi­tal. Donc, on s’ac­croche à cet univers incon­nu pour ne pas per­dre le fil du film. Le prob­lème, c’est qu’on nav­igue sans cesse entre bonnes sur­pris­es de mise en scène, scé­nario alam­biqué et ennui pro­fond.

Le défaut prin­ci­pal réside dans le per­son­nage de Paulo, assez antipathique, en appren­ti médecin bon samar­i­tain auprès d’une malade qu’il aide à se rap­procher de ses enfants. Tor­turé, vague­ment anar, il se rac­croche à des pilules mag­iques et à des joints… un peu trop pour être crédi­ble. Le film s’ap­puie sur lui comme métaphore des ques­tion­nements post-ado­les­cents, mais en fait beau­coup trop : pre­mière scène où Paulo soupire, avalant une pilule, en bas de la fac de médecine en con­tre plongée, comme s’il était écrasé par le monde extérieur ; cadeau de son pote pas très sub­til (une His­toire de la folie dédi­cacée « idiots de tous les pays, unis­sez-vous ») dis­cus­sion devant une sculp­ture qui fait penser au Penseur de Rodin, effets de dis­tor­sion de l’e­space dans les scènes d’hal­lu­ci­na­tion de Paulo, engueu­lades insup­port­a­bles quand les jeunes se sen­tent révoltés, jusqu’à la maxime de Paulo, « proibido proibir » (« inter­dit d’in­ter­dire »). Cette façon de vouloir à tout prix appuy­er un mes­sage à des­ti­na­tion du spec­ta­teur est cor­roborée par un scé­nario trop com­plexe, avec des rebondisse­ments trop irréal­istes et sim­plistes dans les fave­las, et morts à gogo.

Finale­ment, Jorge Durán est trop dans la démon­stra­tion, et pas assez dans l’é­mo­tion. Pour­tant, sa mise en scène com­porte quelques échap­pées belles quand il décide d’aller du côté de l’épure, du silence. Sa façon de filmer l’e­space, avec des jeux de chas­sés-croisés dans des archi­tec­tures mod­ernes (Le Cor­busier) se révèle assez réussie. De même, cer­taines scènes plus calmes entre les trois pro­tag­o­nistes sont intéres­santes : celle notam­ment où le tri­an­gle amoureux s’of­fre un moment de répit sur le toit en ter­rasse de leur apparte­ment, Leti­cia en mail­lot de bain, le corps alan­gui dans la baig­noire, Leon faisant des pom­pes et Paulo les sur­plom­bant, juché sur une échelle, l’air pen­sif. Reste à Jorge Durán à trou­ver un vrai beau sujet, un scé­nario bien con­stru­it, pour que ses qual­ités de met­teur en scène soient mis­es en lumière à leur juste valeur.