Après les sœurs Papin (Les Blessures assas­sines, 2000), Jean-Pierre Denis s’in­spire à nou­veau d’un fait divers. Ce dernier implique Sœur Philomène, rebap­tisée Sœur Luce pour l’oc­ca­sion.

Ici-bas com­mence par un pro­logue bucol­ique nous révélant qu’une fil­lette a été choisie par Dieu, alors qu’au même moment, Pétain sauvait la France à Ver­dun. D’une guerre à l’autre, nous voici en 1943, où Sœur Luce, entre-temps entrée dans les ordres, s’active dans un hôpi­tal où les blessés ne man­quent pas. Dans l’atmosphère provin­ciale de Périgueux, entre résis­tants et col­lab­o­ra­teurs, l’ambiance n’est pas au beau fixe, tan­dis que les Alle­mands sont ren­dus plus que nerveux par le débar­que­ment des Alliés en Ital­ie. Jean-Pierre Denis déploie un théâtre de l’Occupation, avec ses engage­ments secrets au sein de l’hospice et de l’Église.

Suite à une embus­cade, des résis­tants ont besoin de soins, dont Mar­tial, aumônier en pleine crise de foi, passé au maquis, touché cette fois au ven­tre. Sœur Luce est du voy­age, son exis­tence s’en trou­vera boulever­sée ; la réal­i­sa­tion organ­ise une dis­po­si­tion des corps qui hésite alors entre descente de croix du sup­pli­cié et Vierge à l’enfant. Quoi qu’il en soit, la religieuse est frap­pée de plein fou­et par Cupi­don, même si elle inter­prète cela comme un signe de Dieu. Mais, comme la bon­té divine, la pas­sion amoureuse n’est pas sans être par­fois assez taquine. L’étreinte avec le bel aumônier se sol­de par un sen­ti­ment de trahi­son et une immense souf­france, jusqu’à ce que Sœur Luce se rende coupable de l’irréparable.

Jean-Pierre Denis entend ques­tion­ner l’engagement, le sens du sac­ri­fice et la foi en liant de façon inter­dépen­dante ces don­nées au poli­tique, au spir­ituel et au sen­ti­ment amoureux. Il advient surtout qu’Ici-bas se révèle com­plète­ment figé dans le déroulé de son his­toire trag­ique. La plat­i­tude de la réal­i­sa­tion ne se dément jamais, de même que des sit­u­a­tions qui sem­blent s’empiler les unes aux autres pour en arriv­er à l’issue funeste. On pour­rait pren­dre l’écriture ciné­matographique mécanique et sans relief pour une sorte d’exercice de style presque fasci­nant. Pour l’essen­tiel, Ici-bas est un fes­ti­val d’immenses courants d’air (tout ce qui con­cerne le maquis laisse véri­ta­ble­ment pan­tois) qui vien­nent étein­dre sans ménage­ment les quelques frémisse­ments d’un film dénué de ten­sion et d’âme, un comble en l’occurrence.