On con­naît la chan­son : mal­gré l’ex­péri­ence, il faut le regard neuf et ent­hou­si­aste d’un Jeune pour sor­tir un Vieux de la stase pru­dente dans laque­lle la vie l’a plongé. L’ar­gu­ment date de Math­usalem, et, mal­gré un per­son­nage prin­ci­pal de Vieux plus sub­til qu’à l’ac­cou­tumée, ce n’est pas Hôtel Tran­syl­vanie qui va le révo­lu­tion­ner. La con­ti­nu­ité dans le change­ment, en somme.

Le Comte Drac­u­la est un homme (un vam­pire) meur­tri. Son épouse (vam­pire égale­ment, sem­ble-t-il) lui a été ravie par des vil­la­geois malveil­lants, pourvus de torch­es et de fourch­es comme il se doit. Fort heureuse­ment, il lui reste la jeune et jolie Mavis[1] qui, à l’âge de 118 ans, en paraît 18. Ils vivent tous les deux dans l’Hô­tel Tran­syl­va­nia, place forte reculée inter­dite aux mor­tels, ces mon­stres vam­pi­ri­cides, et qui va accueil­lir, pour l’an­niver­saire de la petite, toute la fine fleur de la mon­stru­osité. Prob­lème : un jeune humain imbé­cile blasé n’ayant peur de rien va se point­er et met­tre en dan­ger la pru­dente pro­pa­gande soutenue par le vieux vam­pire, selon laque­lle les humains sont des brutes dan­gereuses. Il n’en faut pas plus pour tournebouler la jeune Mavis…

Nous sommes donc en ter­rain con­nu : le Vieux, c’est notre bon Drac­u­la, incon­solable veuf humanophobe, le Jeune, Jonathan, bonne volon­té, sac à dos rem­pli de chaus­settes puantes et gad­gets tech­nologiques à foi­son. Le sec­ond va mon­tr­er au pre­mier son erreur : les humains sont devenus gen­tils, si si. Hôtel Tran­syl­vanie ne s’embarrasse pas de scrupules nar­rat­ifs : l’im­por­tant est de s’at­tach­er son pub­lic cible, les Jeunes qui n’ont de cesse de mon­tr­er à leurs Vieux à quel point ils sont coincés dans le passé, et qu’ils ont la solu­tion à tous les prob­lèmes : « laisse couler »[2]. Pour preuve, la jeune Mavis est inter­prétée vocale­ment par Sele­na Gomez, idole ado, com­pagne occa­sion­nelle de la mèche de cheveux la plus con­nue de la planète, Justin Bieber (Miley « Han­nah Mon­tana » Cyrus ayant un temps été annon­cée pour le rôle). Pour le reste, Hôtel Tran­syl­va­nia passe con­scien­cieuse­ment à côté de son idée-gim­mick de réu­nir la gent mon­strueuse : elle suf­fit cepen­dant à rem­plir le cahi­er des charges mag­ique dû à la généra­tion Twi­light / Har­ry Pot­ter.

Pour­tant, par­lons-en, de Twi­light. Face à un écran dif­fu­sant l’un des films de la saga, Drac­u­la soupire, mélan­col­ique et rageur : « c’est ain­si qu’on nous représente ? Je n’y crois pas… » – une petite pointe d’hu­mour mor­dant, comme de juste me direz-vous, à l’im­age des quelques bonnes idées qui parsè­ment Hôtel Tran­syl­vanie. On peut ain­si se réjouir du per­son­nage du loup-garou, papa fatigué d’une smala incon­trôlable[3], mais surtout de celui de Drac­u­la. Loin d’obéir aux codes du réc­it de jeunes-con­tre-vieux, il appa­raît tolérant, intel­li­gent et atten­tif – un per­son­nage plutôt inédit, intéres­sant, et presque trag­ique.

Hélas, cet éton­nant choix d’écri­t­ure (Adam San­dler, l’in­ter­prète vocal, est en revanche tout à fait déce­vant) sem­ble bien seul dans l’océan de médi­ocrité assumée du reste du film. Formelle­ment, celui-ci sac­ri­fie aux néces­sités de la 3D avec moult effets de pro­fondeur sans intérêt, et ne va pas plus loin. En revanche, le cat­a­logue des accroches pour Jeunes est bien rem­pli, sans la moin­dre nuance. Hôtel Tran­syl­vanie est un pro­duit cal­i­bré au mil­limètre près pour plaire à son pub­lic-cible, ce qu’il fera sans aucun doute. Les autres passeront leur chemin.

Notes

Notes
↑1 Ce qui nous apprend que les vam­pires ont des enfants comme vous et moi. C’est intéres­sant. Com­ment font-ils, d’après vous, pour s’ar­rêter de vieil­lir, pour choisir de devenir immor­tel ? Après tout, Drac­u­la paraît la trentaine, Mavis est une ado… Peu importe aux auteurs du film, qui ne s’in­ter­ro­gent jamais sur les ques­tions soulevées par leur argu­ment mon­strueux.
↑2 « Roll with it », en VO.
↑3 Inter­prété par Steve Busce­mi qui, comme dans Igor et Mon­stres & Cie, fait mon­tre d’un réel tal­ent d’ac­teur vocal.