Un groupe d’im­mi­grants de tous hori­zons de l’Afrique tra­verse le nord du con­ti­nent, vers l’Eu­rope. Hope, Nigéri­ane et seule femme du groupe avec toute l’in­sécu­rité que cela lui attire, se sépare des autres ; Léonard, un Camer­ounais égale­ment du voy­age et qui en pince pour elle, la rejoint. Le cou­ple improb­a­ble chem­ine ensem­ble, leur voy­age devient une odyssée semée d’épreuves à tra­vers un con­ti­nent qui, loin des clichés glob­al­isants que se pro­jette l’Oc­ci­dent, se révèle frac­turé par les langues et les eth­nies. Ghet­tos ou petites com­mu­nautés, ce sont autant de roy­aumes aux règles d’un autre âge où il faut à chaque fois trou­ver sa place et sa voie.

Pre­mière fic­tion de Boris Lojkine (Les Âmes errantes), Hope n’est pas le pre­mier film français à abor­der le thème de l’im­mi­gra­tion comme un réc­it d’aven­tures aux accents romanesques, dans un souci de tenir à dis­tance le nat­u­ral­isme qui pol­lue trop sou­vent le regard sur l’é­tranger acteur de ce phénomène médi­atisé qu’est l’im­mi­gra­tion. Citons pour exem­ples antérieurs La Pirogue de Mous­sa Touré, ou encore le court métrage Par­mi nous de Clé­ment Cog­i­tore. Le nat­u­ral­isme même, d’une manière générale, sem­ble être la dernière vieille lune à abat­tre dans le “jeune” ciné­ma français récent, comme cer­taines comédies et drames ont fait mine de s’y employ­er avec plus ou moins de con­vic­tion, n’évi­tant qu’iné­gale­ment le piège du ver­nis et de la pos­ture appliqués sur le refoulé (la ques­tion s’est encore posée récem­ment con­cer­nant le dernier film de Céline Sci­amma Bande de filles).

L’humain dans l’urgence

Le réc­it d’aven­tures de Hope, lui, con­va­inc parce qu’il établit très vite que sa matière pre­mière, l’im­mi­gra­tion, n’est qu’un con­texte sur lequel racon­ter son his­toire. Cela tient au regard porté sur l’en­vi­ron­nement et les per­son­nages, sur les antag­o­nismes de langues et de peu­ples, foi­son­nement qui jamais ne devient pré­texte à un dis­cours social ni à une démon­stra­tion de ressources nar­ra­tives — qual­ité même pas entachée par les quelques accents volon­taristes de l’imag­i­naire qu’il recherche (sec­onds rôles pas loin du pit­toresque, solen­nité mys­tique de cer­taines scènes).

Ce sont surtout les deux per­son­nages prin­ci­paux qui parvi­en­nent à se ren­dre attachants, non par des car­ac­téris­tiques affir­mées et bien écrites, mais au con­traire par leur façon d’échap­per au juge­ment que leurs actes pour­raient induire, tant ces actes doivent régulière­ment s’adapter aux cir­con­stances. D’où deux com­porte­ments fort peu mono­lithiques n’ayant pas peur du para­doxe, où les choix à l’ur­gence répétée dessi­nent l’ab­sence de dirigisme de leur écri­t­ure, qui les empreint d’une réelle idée de lib­erté con­stam­ment mise à l’épreuve : lib­erté de dis­pos­er de son corps, de le pro­téger ou de l’of­frir ; lib­erté de rejoin­dre ceux de son groupe (eth­nie, sexe) ou de s’en défi­er ; de rester en cou­ple ou de se sépar­er. Ain­si Hope n’est-il pas un film sur l’im­mi­gra­tion (même si d’au­cuns, comme Amnesty Inter­na­tion­al, per­sis­teront à le ven­dre comme tel, bête­ment, sur son con­texte), mais un réc­it de survie, d’adap­ta­tion et d’as­somp­tion de ses choix, défi­ant le regard dis­crim­i­nant de l’autre (des per­son­nages ou du spec­ta­teur) et définis­sant une human­ité échap­pant aux déf­i­ni­tions faciles. Il ne donne aucune leçon, mais d’autres films pour­raient y en pren­dre une.