La recette scé­nar­is­tique de High­way 65, pas très orig­i­nale, com­pile plusieurs motifs bien con­nus : une poli­cière cita­dine est mutée dans une bour­gade de province où elle se con­fronte à la méfi­ance général­isée des habi­tants avant de plonger jusqu’à l’ob­ses­sion dans une affaire qui révèle les soubasse­ments som­bres de cette com­mu­nauté périphérique. Après avoir quit­té Tel Aviv pour Afu­la, Daph­na se retrou­ve à enquêter sur le vol d’un télé­phone, qui met au jour la dis­pari­tion d’une jeune femme qu’elle sem­ble être la seule à vouloir retrou­ver. La pour­suite de l’en­quête se lim­ite hélas à un enchaîne­ment de lieux com­muns du film polici­er, aux­quels le film paraît assu­jet­ti, jusqu’à évider sa part de ten­sion et de mys­tère. Mais au-delà de cette soumis­sion à des con­ven­tions qui l’af­fadis­sent, High­way 65 souf­fre surtout d’ef­fleur­er un sujet qu’il se refuse à regarder frontale­ment, celui de la vio­lence de la société qu’il dépeint.

Cette dernière est illus­trée par quelques scènes plus heurtées (filmées caméra à l’é­paule, dans de longs plans trem­blants) mais aus­si par l’évo­ca­tion de con­flits passés : la vio­lence imprég­nant Afu­la appa­raît alors, quoique de manière très fugace, comme le retour de flamme d’une société mil­i­tarisée (la majorité des per­son­nages mas­culins du film sont d’ailleurs des vétérans de guerre) qui déplace l’hori­zon de la guerre à l’in­térieur même de son ter­ri­toire. Plutôt que de pren­dre à bras-le-corps ce mou­ve­ment, High­way 65 escamote cette piste en la reco­dant dans les paramètres de l’en­quête et du film polici­er, faisant du crime une affaire de jalousie famil­iale qui tend à édul­cor­er sa dimen­sion poli­tique, reléguée au sec­ond plan. De même, si la réso­lu­tion de l’en­quête inno­cente hors-champ un jeune garçon arabe (celui-là même qui avait trou­vé le télé­phone volé), le film exploite peu ce pan du réc­it et le réduit à un sim­ple détail recon­vo­qué super­fi­cielle­ment afin de se par­er d’un ver­nis moral : High­way 65 a beau dis­sémin­er des signes pour gon­fler la portée de ses enjeux, il ne les incor­pore qu’à moitié à la dynamique de son scé­nario.