Gran Tur­is­mo est un étrange pro­jet d’adaptation : quel genre de films peut-on tir­er d’un sim­u­la­teur de course dénué d’intrigue et de per­son­nages ? Ama­teur de machines et de fig­ures tran­shu­man­istes (du mutant de Dis­trict 9 au logi­ciel hor­ri­fique de Demon­ic), Neill Blomkamp aurait pu faire sien le fétichisme qu’en­tre­tient la saga vidéoludique à l’é­gard de l’u­nivers de la course auto­mo­bile. Le cinéaste a hélas choisi la voie de la facil­ité pour sign­er un film de sport quel­conque, avec son lot d’obstacles, de semi-échecs et de vic­toires tri­om­phantes. Un jeune joueur, fan de la saga vidéoludique, par­ticipe à une course en ligne grâce à laque­lle il est recruté au sein de la GT Acad­e­my, un pro­gramme per­me­t­tant de s’entraîner sur de véri­ta­bles cir­cuits en vue de devenir pilote dans l’écurie Nis­san.

Ce réc­it cal­i­bré a beau com­porter quelques scènes plus con­va­in­cantes, focal­isées sur la puis­sance et la sen­su­al­ité des cylin­drées lancées à vive allure sur le bitume, il relève surtout d’une opéra­tion mar­ket­ing inscrite dans la chair même du film. Dès la pre­mière scène, le per­son­nage prin­ci­pal déballe avec entrain un volant de course pour PlaySta­tion, tout excité à l’idée d’essayer son nou­veau gad­get. Cet hori­zon mer­can­tile est explic­ité plus tard au détour d’un dia­logue qui a tout d’une cynique note d’intention, lorsque le pub­ard inter­prété par Orlan­do Bloom définit en ces ter­mes la GT Acad­e­my : « It’s mar­ket­ing ». Résul­tat des cours­es : un film fade et prévis­i­ble qui ne se détourne jamais de sa fonc­tion pub­lic­i­taire. Avant de sign­er Dis­trict 9, Neill Blomkamp avait d’ailleurs réal­isé une célèbre pub pour Cit­roën. La boucle est bouclée.