“Ger­boise bleue” est le nom du pre­mier essai atom­ique dans l’atmosphère de la France. Décor : le Sahara algérien. Péri­ode : les années gaullistes pré-décoloni­sa­tion. Acteurs : des appelés de France et des Touaregs de la région. Argu­ment : quar­ante ans après, ces acteurs se bat­tent pour la recon­nais­sance par l’État français de sa respon­s­abil­ité dans l’irradiation de mil­liers de per­son­nes impliquées dans les essais. C’est à eux que Djamel Oua­hab donne la parole dans son film, qui prend davan­tage la forme de témoignages sen­si­bles que celle d’une enquête minu­tieuse.

Ger­boise bleue n’est pas une enquête poussée sur les dessous des essais nucléaires en Algérie. Tout juste rap­pelle-t-il les faits par quelques car­tons : entre 1960 et 1967, l’armée française réalise dix-sept tirs offi­ciels atom­iques dans l’atmosphère. “Ger­boise bleue” est le pre­mier des qua­tre tirs réal­isés à Reg­gane, d’une puis­sance qua­tre fois supérieure à Hiroshi­ma. Djamel Oua­hab n’a pas anglé son film en tant qu’en­quê­teur his­torique ou jour­nal­is­tique. Le réal­isa­teur, qui fut mem­bre act­if de l’ACID (Agence du Ciné­ma Indépen­dant pour sa Dif­fu­sion) et dont c’est le pre­mier doc­u­men­taire, livre ici un film-témoignage. Un espace de parole don­né pour la pre­mière fois aux acteurs de ces essais, aux vétérans de Reg­gane, Béryl, du Hog­gar. Lucien, Gas­ton et d’autres encore, dont les séquelles se lisent par­fois vio­lem­ment sur les vis­ages, se bat­tent pour que la France recon­naisse qu’elle les a mis en dan­ger. Tous les per­son­nages du film de Djamel Oua­hab lui con­fèrent un ton de sen­si­bil­ité – au détri­ment, par­fois, d’une véri­ta­ble réflex­ion – qu’il ne quit­tera pas un instant.

Djamel Oua­hab met un coup de pro­jecteur sur les essais atom­iques français en Algérie : il éclaire tour à tour la vision de ses vétérans, celle de leurs médecins et des sci­en­tifiques. C’est aus­si parce qu’il vient d’Al­gérie et de France que le cinéaste a voulu faire en quelque sorte œuvre de mémoire et con­tribuer à faire con­naître cet épisode mécon­nu des rela­tions tumultueuses entre les deux pays. Le mon­tage du film, nav­iguant entre les images d’archives en noir et blanc sur lesquels les com­men­taires des vétérans vien­nent apporter un nou­v­el éclairage, quand le com­men­ta­teur télé de l’époque van­tait la sécu­rité totale de la recherche nucléaire française. La forme souligne ain­si l’abandon par les autorités de ces vétérans. Djamel Oua­hab a pu se ren­dre pour la pre­mière fois au point zéro de “Ger­boise bleue”. C’est aus­si pour les pop­u­la­tions des oasis de Reg­gane, en plein Sahara, frap­pées à jamais par l’éclair de lumière aveuglant de ce 13 févri­er 1960, que le réal­isa­teur a souhaité filmer ces his­toires. Et mal­gré quelques impré­ci­sions et par­fois la gêne ressen­tie face à des blessures physiques très choquantes, Ger­boise bleue devrait faire avancer le com­bat des derniers vétérans de la bombe.