Du punk anglais est né le Pogo, de l’électro française éclot la Teck­tonik. Danse de club puis de rue, com­posée de mou­ve­ments de bras « ten­tac­u­lesques » et mimes nar­cis­siques, c’est la ten­dance actuelle qui fait bouger la jeunesse « black-blanc-beur ». Un sujet dans le coup, qui inter­roge sur les inten­tions doc­u­men­taires : argu­ment mar­ket­ing ou point de vue sur le con­tem­po­rain ?

Lors de l’avant-première, Christophe Cheva­lier, le réal­isa­teur, annonce : « c’est un film fait avec de l’énergie » ; soit, avec une dénom­i­na­tion aus­si explo­sive que « Teck­tonik », on pou­vait s’y atten­dre !

Le générique ressem­ble à celui de la Star Ac’, mais qu’on ne s’y laisse pas tromper : Généra­tion élec­tro met sous les pro­jecteurs des jeunes déjà con­fir­més, à l’origine de la vogue. David, Arthur et Alexan­dre (alias Spoke, Jack Her­ror et Mae­stro), presque 20 ans, mem­bres du groupe SMDB sont les représen­tants de cette souche élec­tro. Tout com­mence comme la légende des Sex Pis­tols : des amis d’enfance qui se réu­nis­sent pour don­ner nais­sance à un phénomène généra­tionnel. Fon­da­teurs du style « Milky Way », les trois garçons sont suiv­is dans leur ascen­sion pro­fes­sion­nelle, des quartiers parisiens aux clubs lyon­nais en pas­sant par un séjour au Japon.

La qual­ité médiocre des instants doc­u­men­taires où le cadrage est insti­tu­tion­nel et le son mau­vais, est sup­plan­tée par des inten­tions de mise en scène aux résul­tats dis­parates. C’est par exem­ple, raté et niais quand il s’agit de faire croire à l’annonce en direct du départ des ado­les­cents pour le Japon. Autour de la table famil­iale on tente avec gaucherie de révéler l’incompréhension parents/enfants, à coups de répliques toutes faites ver­sant dans la car­i­ca­ture. Par­fois, la réal­i­sa­tion met en valeur les danseurs de façon orig­i­nale. Par le prisme du ciné­ma, les mou­ve­ments sont découpés par des jeux de lumière, ou de mon­tage. Esthète, Christophe Cheva­lier expéri­mente visuelle­ment les représen­ta­tions de cette danse sin­gulière : la Teck­tonik au ralen­ti ça vaut le coup d’œil ! Lorsque ce n’est pas avec la tech­nique, c’est par le dis­posi­tif de mise en scène que le réal­isa­teur met à l’épreuve le film. Le doc­u­men­tariste cherche à provo­quer le réel, dans une curieuse séquence il met en sit­u­a­tion les trois héros en les con­frontant à des danseurs clas­siques. Un con­cept intéres­sant, pour une scène un peu trop longue.

Le film hésite entre l’analyse et l’éloge esthé­tique, et sem­ble être le pro­duit de com­pro­mis. Des experts pren­nent la parole mais on se demande s’ils cer­nent le sujet : leurs dis­cours brassent du vent à l’instar des bras des danseurs. Le ver­biage sopori­fique du soci­o­logue en costard taupe rehaussé d’un nœud papil­lon assor­ti à la tapis­serie, nous apprend que le phénomène Teck­tonik est un anx­i­oly­tique sain, un défouloir pour la jeunesse. Rien de dan­gereux en somme, puisque le film répète en boucle que ce mou­ve­ment porte pour seule reven­di­ca­tion « l’éclate ». Si le punk était le reflet d’un con­texte social, que penser de cette mou­vance Teck­tonik ? Avec indif­férence on déclare que tout a com­mencé en « dansant devant le McDon­ald ».

La nar­ra­tion est décousue, redon­dante, il ne reste au doc­u­men­taire que la présence physique de ses trois pro­tag­o­nistes. Leur pétu­lance est sym­pa­thique même si sur la fin, Généra­tion élec­tro devient presque un film pro­mo­tion­nel SMDB. Mais der­rière l’effervescence, il y a comme les réminis­cences d’un par­adis per­du : le mou­ve­ment Teck­tonik, avec Généra­tion élec­tro, assiste à sa pro­pre mort. Le film, témoin et acteur de la récupéra­tion du phénomène par les médias et le cap­i­tal, con­tribue à la perte de l’essence de cette danse spon­tanée et cathar­tique.