Porté par Tyler David­son, le pro­duc­teur de l’excellent Take Shel­ter de Jeff Nichols, et adap­té du pre­mier roman de Nic Piz­zo­lat­to à qui l’on doit la série télévisée True Detec­tive, le pro­jet de Galve­ston nous offrait quelques promess­es. Con­fi­er la réal­i­sa­tion à Mélanie Lau­rent était un choix inat­ten­du tant ses précé­dents films sont aux antipodes de ce thriller typ­ique­ment améri­cain. Ce change­ment rad­i­cal de reg­istre après Les Adop­tés (2011), Respire (2014), Demain (2015) – coréal­isé avec Cyril Dion – et Plonger (2017) aurait pu prof­iter à la réal­isatrice qui, jusqu’ici, ne nous avait pas con­va­in­cus de ce côté de la caméra. Si toute­fois Galve­ston pro­pose quelques séquences inspirées, le film souf­fre des mêmes faib­less­es que ses autres longs métrages : une mise en scène mal­adroite et maniérée qui prend le pas sur la pro­fondeur des per­son­nages et le développe­ment de leurs rela­tions. Il en ressort un film imper­son­nel sans réelle direc­tion artis­tique, comme si la majorité des séquences avaient été impro­visées au fur et à mesure du tour­nage sans réflex­ion glob­ale sur le sens à leur don­ner.

Une impression de déjà vu

Roy, séduisant et tac­i­turne homme de main, survit à un guet-apens orchestré par son employeur mafieux. Dans la bataille il sauve Raquel qui était prise en otage, jeune escort girl écorchée dont les rêves d’évasion de sa bour­gade natale se sont trans­for­més en cauchemars. Pour sauver leurs peaux, ils pren­dront ensem­ble la route pour la petite ville de Galve­ston et s’installeront dans un motel en atten­dant que leurs pour­suiv­ants les oublient. L’histoire de ces deux per­son­nages sem­ble racon­tée sans con­vic­tion avec un enchaîne­ment d’événements dénués de liens forts entre eux. Le résul­tat donne la sen­sa­tion que la réal­isatrice ne fait pas corps avec son sujet, ou bien qu’elle ne sait pas exacte­ment ce qu’elle veut vrai­ment nous racon­ter. Le scé­nario trop bal­isé souf­fre d’un évi­dent manque d’originalité, et ne nous offre aucune sur­prise : les héros sont pour­suiv­is par de méchants mafieux alors qu’ils n’aspirent qu’à un nou­veau départ fait d’amour et d’eau fraîche, mais la vio­lence de leur passé va les rat­trap­er. Pour en rajouter une couche, Mélanie Lau­rent surfe sur les clichés (tueur au cœur ten­dre, pros­ti­tuée à la jeunesse brisée, motel glauque comme refuge) et enferme ses per­son­nages dans des cas­es dont ils ne sor­tiront pas. Elle ne pro­pose pas non plus un nou­veau regard, notam­ment en tant que femme, sur un genre à l’univers très mas­culin, ce qui aurait pu le ren­dre moins con­venu. Elle ne ques­tionne pas le per­son­nage de Raquel et en fait une vic­time par excel­lence. Aban­don­née, vio­lée et battue, elle va devenir la pro­tégée de Roy sans qui elle serait con­damnée à la pros­ti­tu­tion. La réal­isatrice can­tonne ain­si son per­son­nage féminin à l’acceptation de sa con­di­tion, sans aucune évo­lu­tion tout au long du réc­it.

La rela­tion entre Roy et Raquel – qui se fera appel­er Rocky au milieu du film – reste à l’état d’ébauche, mais Mélanie Lau­rent nous offre cepen­dant une belle et courte séquence de ten­dresse et de com­plic­ité dans un bar. À tra­vers de sim­ples gestes et sans dia­logues, on pour­rait sen­tir naître l’intérêt du film : la répa­ra­tion de deux âmes cabossées grâce au sou­tien d’une ami­tié ou d’un amour nais­sant. Les deux très bons acteurs (Elle Fan­ning et Ben Fos­ter) sem­blent se débat­tre avec le peu qui leur est don­né, car si le passé de leurs per­son­nages est lourd, ce qui nous est mon­tré relève presque de l’anecdotique entre deux séquences d’ultra vio­lence pas tou­jours jus­ti­fiées. La réal­isatrice ne sem­ble de plus pas savoir où pos­er sa caméra. Voulant sans doute insuf­fler à Galve­ston son explo­ration de l’intime qu’elle avait déjà ten­té aupar­a­vant, elle filme sou­vent ses per­son­nages en gros plan pour ten­ter de saisir leurs émo­tions, mais cela ne prend pas car le geste est trop appuyé et devient un effet mal­adroit sans aucune sub­til­ité. Dans les dernières min­utes néan­moins un impres­sion­nant – et sur­prenant au regard du reste de la mise en scène – plan séquence nous embar­que sur les talons de Roy lors de son ultime éva­sion d’un repère de truands. Mal­heureuse­ment le bon­heur ciné­matographique est de courte durée car les dernières min­utes de Galve­ston nous pro­posent une con­clu­sion super­flue : une dernière chance de rédemp­tion pour Roy avant sa mort, se déroulant 20 ans plus tard alors qu’un oura­gan s’apprête à rav­ager la ville. Si l’ambiance visuelle et la moi­teur du Texas en plein été sont bien retran­scrites grâce à la pho­togra­phie d’Arnaud Poti­er, cela ne suf­fit pas à con­tre­bal­ancer le manque de con­sis­tance général. Il n’en restera donc qu’un film pas fon­cière­ment hon­teux mais dis­pens­able, ce qui est peut-être pire.