Arnold et Willy dis­aient, dans leur grande sagesse, qu’il faut de tout pour faire un monde. Et même s’il est impor­tant d’écouter son cœur, il est par­fois néces­saire de met­tre en bran­le le gros appen­dice bour­sou­flé et rosâtre situé quelque part entre les cheveux et les sinus. Michael Bay (Trans­form­ers 1 et 2, Armaged­don…) ou Stephen Som­mers (La Momie 1 et 2), de tout ça, s’en moquent comme d’une guigne. À l’axiome d’Arnold et Willy, on aimerait donc ajouter quelques déro­ga­tions.

Après les gros robots extrater­restres qui se trans­for­ment en voitures, Has­bro et la Para­mount con­tin­u­ent dans leur croisade de viol des cerveaux en intro­duisant, cette fois, les plus grands de tous les héros (Action Man mis à part). C’est en cap­i­tal­isant sur le sou­venir ému de quelques mil­lions de post-ados que la Para­mount compte impos­er son film puisqu’on a – paraît-il – tous joué un jour à faire grimper Storm Shad­ow sur le mur en crépi de la mai­son famil­iale. Ne voulant pas décevoir tous les fans tran­sis d’impatience et d’intransigeance, la pro­duc­tion a mis les petits plats dans les grands : record mon­di­al des voitures écrabouil­lées pour les besoins d’un tour­nage et recon­sti­tu­tion minu­tieuse d’une Tour Eif­fel s’écrasant de tout son long dans la Seine… Un pool de scé­nar­istes a planché des heures durant sur le scé­nario et la psy­cholo­gie des per­son­nages et ça se ressent : chaque héros a son petit trau­ma d’enfance venant expli­quer son com­porte­ment. S’il a viré méchant, le pas beau a été tur­bu­lent dans sa jeunesse. S’il a été sage et atten­tif en cours, il sauvera le monde. La palme revient quand même au grand vilain Destro dont l’ancêtre du 18e siè­cle est au cen­tre de la bouf­fon­ner­ie faisant office de séquence d’introduction… Tout s’explique, tout s’emboîte : l’univers fait sens !

Il y a donc les gen­tils et les méchants. Du côté de ces derniers, le marc­hand d’armes McCullen a une bonne place. Suçant mal­hon­nête­ment les crédits que lui accorde benoîte­ment l’OTAN, il conçoit une nou­velle arme sur­puis­sante, des bazookas à nanoro­bots dévoreurs d’acier, de béton et de car­ton. Avec lui, il a tout plein d’amis, comme Storm Shad­ow ou la Baron­nesse. En face, les gen­tils essaient de récupér­er l’arme en usant de tout leur atti­rail tech­nologique qui ferait baver d’envie n’importe quel ama­teur de tun­ing picard. Pour vari­er les plaisirs, les deux ban­des enne­mies s’affrontent sur tout ter­rain : de l’Égypte au Groen­land et de la salle de sport du QG aux mon­tagnes mon­goles. A con­trario, pas de var­iété du côté de l’interprétation des per­son­nages, tous rival­isant de médi­ocrité, à com­mencer par Chan­ning Tatum (Duke) dont le fron­ce­ment de sour­cil fait office de jeu d’acteur. Que sauver de ce naufrage ? Peut-être la course-pour­suite effrénée dans Paris (Prague-sur-Seine) dont la bande-annonce a déjà défloré les meilleurs pas­sages.

La ques­tion qui se pose, après le vision­nage d’une telle hor­reur syn­copée, ne con­cerne pas la per­ti­nence de la for­mule block­buster en tant que telle. Pop-corn movie ou pas, le droit à la qual­ité et au respect est le même. Un film grand-spec­ta­cle ne peut être le pré­texte à un con­stant niv­elle­ment vers le bas : l’excuse est trop sim­ple, trop méprisante. Les exem­ples récents de films hol­ly­woo­d­i­ens à gros bud­gets réal­isés au pire con­scien­cieuse­ment, au mieux bril­lam­ment, sont pour­tant légion (on pense spon­tané­ment à The Dark Knight ou à Watch­men). Avec G.I. Joe, le recul est vio­lent, comme si on ne s’attendait plus à un tel déluge de n’importe quoi au pre­mier degré.