C’est un bien drôle de film, ban­cal, mal­adroit mais pas antipathique pour autant, que nous pro­posent Patrick Grand­per­ret et sa fille Émi­lie. Fui Ban­quero (j’é­tais ban­quier) racon­te l’his­toire d’un jeune homme (joué par Robin­son Stévenin) tra­vail­lant dans le secteur ban­caire et con­traint de se ren­dre à La Havane pour con­clure un marché alors que son père vient tout juste décéder. L’ac­cord économique étant annulé pour des raisons aus­si obscures que hasardeuses, notre jeune loup n’a donc plus aucune rai­son de rester sur le ter­ri­toire cubain. Sauf qu’une intu­ition – celle d’y retrou­ver le fan­tôme de son père avec qui il avait pro­jeté de faire ce voy­age – l’empêche de repar­tir. Défi­ant les autorités et ses supérieurs hiérar­chiques, il refuse de pren­dre l’avion et com­mence une vie clan­des­tine à la recherche de lui-même. La pre­mière par­tie du film entendrait ren­dre compte du mag­nétisme qui se dégage de l’île de Cuba sur ce per­son­nage en quête de repères, prêt à tout pla­quer pour trou­ver sa pro­pre vérité. L’idée pour­rait être intéres­sante tant l’île sym­bol­ise une sorte de par­adis extrater­restre et que l’amour des deux réal­isa­teurs pour le pays ne fait aucun doute. Seule­ment, en se lim­i­tant à faire un ou deux pau­vres panora­mas sur les ruines de la cap­i­tale ou à capter la chaleur sen­suelle qui se dégage des con­certs de musique, le père et la fille ne don­nent rien d’autre à voir qu’un Cuba se voulant authen­tique mais qui ne relève finale­ment que de la carte postale. Il faut dire que l’île, qui offre pour­tant un poten­tiel ciné­matographique hal­lu­ci­nant, est mal filmée et tout par­ti­c­ulière­ment ses habi­tants qui ne sem­blent là que pour servir le chem­ine­ment intérieur du jeune ban­quier en pleine crise exis­ten­tielle. La naïveté très occi­den­tale avec laque­lle les expa­triés se met­tent à van­ter le mod­èle économique sclérosé cubain peut faire grin­cer des dents, surtout lorsque ce dis­cours est tenu par un Français instal­lé con­fort­able­ment dans un bel apparte­ment de la ville.

La chasse aux trésors

Heureuse­ment, le film gagne un peu en légèreté dans sa dernière par­tie, notam­ment lorsque notre jeune clan­des­tin se met en tête de retrou­ver la trace de ses ancêtres pirates qui auraient accosté sur l’île au début du 19e siè­cle. Si l’élé­ment déclencheur d’une telle quête est trop téléphoné et trahit les gros prob­lèmes d’écri­t­ure du scé­nario, on peut se laiss­er atten­drir par l’in­vraisem­blance fan­tai­siste assumée par le réc­it, loin des dis­cours mal­adroits et empesés du début sur la sit­u­a­tion économique de l’île. Au gré de ren­con­tres improb­a­bles avec des intel­lectuels cubains (qui n’ont pas l’air de tous être des acteurs et se prê­tent au jeu avec une cer­taine mal­ice), c’est toute la mytholo­gie de l’île qui se dévoile et qui fait de Fui Ban­quero (j’é­tais ban­quier) un con­te naïf : à coup de légen­des, notre héros expa­trié se trans­forme alors en chercheur d’or aux con­fins du pays, s’ap­puyant sur des mes­sages cryp­tés cen­sés l’in­former de l’en­droit où serait enter­ré un tré­sor. Il est dom­mage que le virage ludique engagé par le film dans sa con­clu­sion et l’im­pli­ca­tion des cer­taines acteurs (Antoine Chappey, attachant et rou­blard à cha­cune de ses appari­tions) ne soient pas davan­tage soutenus par de vrais par­tis-pris esthé­tiques. Mal­heureuse­ment, les grandes faib­less­es de mise en scène – sans saveur du début à la fin et lour­de­ment sym­bol­ique, notam­ment lors des appari­tions du père décédé – et de mon­tage – mul­ti­pli­ant d’af­freux faux rac­cords en dépit d’une appréhen­sion logique des espaces – ne per­me­t­tent jamais au film de s’élever au-delà de ses trop mod­estes pré­ten­tions. Sym­pa­thique par son humil­ité revendiquée, Fui Ban­quero (j’é­tais ban­quier) ne se déleste néan­moins jamais de son image de film ama­teur beau­coup trop anec­do­tique pour mar­quer les esprits.