Elle s’ap­pelle Meow. Un peu comme un miaule­ment, ce qui con­vient bien à cette jeune femme qui vit la nuit à Tel Aviv, deale à droite à gauche, papil­lonne d’un homme à l’autre et squat­te des apparte­ments sans trop se souci­er des lende­mains. Meow finit par entr­er en con­tact via Inter­net avec Alex Kaplan, un jeune homme qui l’in­trigue et qu’elle tient à ren­con­tr­er. Mais l’e­space d’une nuit, tout va bas­culer, et Meow va per­dre con­tact avec la réal­ité.

Loin du ciné­ma “engagé” pro­posé par la plu­part des cinéastes israéliens exportés chez nous, Dan­ny Lern­er pro­pose avec ce pre­mier long-métrage une esthé­tique un peu hors mode : tourné entière­ment de nuit en DV, Frozen Days évoque un improb­a­ble croise­ment entre le nat­u­ral­isme de Cas­savetes et le fan­tas­tique pois­seux de Polan­s­ki péri­ode Répul­sion. Surtout, le réal­isa­teur mul­ti­plie les effets visuels et sonores tel un étu­di­ant en ciné­ma trop impa­tient de mon­tr­er ce dont il est capa­ble. Pour­tant, Lern­er réus­sit à impos­er un ton résol­u­ment à part, grâce notam­ment à sa comé­di­enne Anat Klaus­ner. Vraisem­blable­ment oblig­ée d’im­pro­vis­er la plu­part de ses scènes, l’ac­trice est un peu comme le Lapin blanc d’Alice au pays des mer­veilles : on ne sait pas trop où cela va nous men­er, mais la suiv­re revient à accepter un voy­age qui ne ressem­ble à rien de con­nu.

Frozen Days pour­rait n’être qu’un trip expéri­men­tal amu­sant mais rel­a­tive­ment anec­do­tique s’il n’é­tait l’in­cur­sion assez éton­nante d’un revers scé­nar­is­tique on ne peut plus crédi­ble : l’ex­plo­sion, au milieu du film, d’une bombe dans une dis­cothèque où Meow avait don­né ren­dez-vous au mys­térieux Alex Kaplan. La jeune femme survit mais l’homme, griève­ment blessé, est trans­féré d’ur­gence à l’hôpi­tal. S’en­suit une plongée dans les méan­dres de l’in­con­scient de la jeune femme qu’on jur­erait sor­tie du cerveau de David Lynch. Per­suadé d’être un malin, Lern­er en oublie l’essen­tiel : le spec­ta­teur a prob­a­ble­ment déjà lu Kaf­ka… Mais le pro­pos n’en est pas moins intéres­sant. L’ir­rup­tion du réel dans le film – l’at­ten­tat – déclenche la crise iden­ti­taire de l’héroïne, qui va pro­gres­sive­ment se gliss­er dans la peau du jeune homme jusqu’à chang­er d’ap­parence et se con­fon­dre avec lui, y com­pris aux yeux des autres. Trau­ma de la vic­time, irrup­tion de la vio­lence dans le quo­ti­di­en le plus banal, impos­si­bil­ité de se rac­crocher au moinde repère (notam­ment géo­graphique : Meow n’a pas de loge­ment)… L’his­toire de Meow ne serait-elle pas celle du peu­ple israélien ? La ques­tion reste en sus­pens, et en dépit d’une fin bâclée, le doute demeure quant aux inten­tions – réelles ou incon­scientes – du réal­isa­teur. C’est cette incer­ti­tude qui rend ce pre­mier film un peu frimeur mais indé­ni­able­ment sincère si touchant.