Un phar­ma­cien devenu soli­taire, une rockeuse partagée entre l’en­vie de voir son fils grandir et de ne penser qu’à elle, un réal­isa­teur frus­tré qui part à con­trecœur présen­ter son film au Por­tu­gal… Les per­son­nages de Fragile(s) tra­versent tous une péri­ode de doute et s’iso­lent peu à peu de leurs proches. Les divers­es his­toires se rejoin­dront pour faire se crois­er Dar­roussin, Marie Gillain, Gam­blin, Berléand et Car­o­line Cel­li­er. Habile mais peu effi­cace, Mar­tin Valente repro­duit sans grandes inno­va­tions un sché­ma déjà établi.

Avant d’être un film choral, Fragile(s) est le pic qui cui­sine une bro­chette d’ac­teurs français. Berléand, Gam­blin, Dar­roussin, Gillain, Car­o­line Cel­li­er s’al­ter­nent puis se côtoient ou se frô­lent. C’est enten­du cha­cun est un peu seul, paumé, en train d’es­say­er depuis trop longtemps de faire le point. Frag­iles.

Ces acteurs, tous bons, justes, con­stru­isent le film autour de leurs per­son­nal­ités et des spé­ci­ficités de leurs rôles même s’ils ont l’al­lure du sur mesure. Ils font ce qu’il faut et parvi­en­nent plus d’une fois à sor­tir de leur car­i­ca­ture. Dar­roussin ne bougonne pas tout du long et Berléand n’a pas l’air de bout en bout fatigué. Face aux acteurs, Mar­tin Valente tra­vaille lui aus­si très bien. Son scé­nario part d’un éclate­ment pour rec­oller petit à petit les pièces du puz­zle et ses frag­ments sont cohérents.
Bien dégrais­sées, les scènes sont rarement inutiles à l’his­toire. Vrai­ment, à tous niveaux, Fragile(s) ne présente pas de défauts par­ti­c­uliers, il est une tech­nique qui fonc­tionne.

Mais que c’est sage, rond, lisse. À force de filmer les fragilités avec autant de pru­dence, elles ne touchent plus. Car il en manque une, cap­i­tale, celle d’un réal­isa­teur pour­tant habile. Valente déclare avoir eu l’idée du scé­nario suite à la sor­tie de son pre­mier film, Les Ama­teurs, lorsqu’il s’est sen­ti « un peu déphasé » après avoir telle­ment atten­du ce moment. Il a voulu par­tir de ce sen­ti­ment pour faire ce film, mais tout paraît telle­ment écrit et cadré que Fragile(s) ne mar­que pas.

Le découpage des scènes suit l’évo­lu­tion des émo­tions avant celle de l’his­toire et en font le rac­cord d’une séquence à une autre. Mais cette struc­ture nar­ra­tive devient par sa répéti­tion rapi­de­ment trop vis­i­ble. Chaque mod­i­fi­ca­tion des sen­ti­ments amorce le défilé des per­son­nages avec le nou­v­el état sur les vis­ages et dans les atti­tudes. D’où un sen­ti­ment – cette fois face à la toile – d’une cer­taine las­si­tude. Seul le tra­vail de la lumière en teintes fortes, très expres­sives, donne une touche par­ti­c­ulière et uni­fie l’ensem­ble. Le reste de la mise en scène demeure comme tout le film, trop sage.

Fragile(s) cor­re­spond à la pru­dence d’un large pan des pro­duc­tions actuelles qui repro­duit plutôt que joue des mod­èles exis­tants. La faute aus­si peut-être à des acteurs qui s’ar­rondis­sent avec le temps, cherchent peu — au vu de leurs pro­jets — les mis­es en dan­ger. La faute égale­ment bien sûr aux finance­ment raré­fiés dès lors qu’un film s’éloigne, par son for­mat, son goût de la théorie plutôt que de l’écri­t­ure, d’un sché­ma ras­sur­ant. Des grandes cuisines du ciné­ma, on aimerait voir sor­tir plus de plats atyp­iques, de mélanges éton­nants. Quitte à être ratés, ils seront tou­jours préférables à la fadeur.