Con­nu en nos con­trées pour le seul et anec­do­tique Bêtes de scène, le réal­isa­teur-acteur-com­pos­i­teur-scé­nar­iste-et j’en passe Christo­pher Guest est surtout une des têtes pen­santes du cultissime This Is Spinal Tap. For Your Con­sid­er­a­tion porte sa mar­que de fab­rique : le vrai-faux doc­u­men­taire nar­quois. Mais se moquer d’Hol­ly­wood ne lui réus­sit pas, hélas.

Tout se passe médiocre­ment bien sur le plateau de tour­nage de Home for Purim, édi­fi­ante his­toire d’une famille juive endeuil­lée, inter­prétée par des acteurs de sec­onde zone sur le retour (dont un qui gagne sa vie en inter­pré­tant une saucisse géante dans des pub­lic­ités). Mais les choses changent lorsque le bruit se répand sur inter­net qu’une actrice, puis que plusieurs acteurs seraient nom­inés pour les oscars.

Faire le por­trait des coups bas et mesquiner­ies qui sont le pain quo­ti­di­en d’Hol­ly­wood, l’idée n’est pas nou­velle. Boule­vard du cré­pus­cule, The Play­er, Swim­ming with Sharks, pour ne citer qu’eux, ont déjà abor­dé le sujet avec un tal­ent cer­tain. Mais Christo­pher Guest, qui ne s’est jamais vrai­ment sor­ti de l’in­flu­ence de This Is Spinal Tap, pou­vait cer­taine­ment apporter un sang neuf et une approche intéres­sante au thème. Hélas, c’est avant tout son expéri­ence avec les pro­duc­tions Nation­al Lam­poon (une insti­tu­tion du comique depuis les années 1970 aux USA) qui prend le pas sur le tal­ent satirique dont il avait fait preuve en tant que scé­nar­iste de This Is Spinal Tap. Cela fait de For Your Con­sid­er­a­tion une sorte de com­pi­la­tion de scènes voulues comme autant de sketchs plus ou moins dro­la­tiques. De là, un manque cer­tain de rythme et d’ho­mogénéité grève le film.

Mais surtout, le gros défaut de For Your Con­sid­er­a­tion est de ne pas oser aller jusqu’au bout de ses pré­ten­tions satiriques : le film oscille en per­ma­nence entre un côté de comédie télévi­suelle très années 1980 (sans les rires enreg­istrés, mais ce n’est pas loin) et un scé­nario féroce qui bro­carde avec une méchanceté hélas toute rel­a­tive les pro­fes­sion­nels du ciné­ma, jour­nal­istes, cri­tiques…, dans toute la mesquiner­ie dont ils sont capa­bles. Par­fois même, le film touche à une finesse insoupçon­née, lorsque Cather­ine O’Hara (dont le titre de gloire restera sans doute le rôle de la mère hys­térique de Beetle­juice) toise un groupe d’ac­teurs nou­velle généra­tion à qui elle essaye d’ap­pren­dre à jouer et leur lance “Vous êtes si tal­entueux, mes chéris, mais telle­ment imbus de vous-mêmes…”

Eût-il choisi de priv­ilégi­er une approche moins grossière de ses per­son­nages (la mal­heureuse Cather­ine O’Hara, attifée comme il devrait être inter­dit de le faire ; Har­ry Shear­er con­traint de pos­er en saucisse géante…), For Your Con­sid­er­a­tion aurait pu se trou­ver à la con­jonc­tion du féroce Swim­ming with Sharks et du mer­veilleux Pan­ic sur Flori­da Beach, de Joe Dante. Cela eût été pos­si­ble, cer­taine­ment, si Guest et son co-scé­nar­iste Eugene Levy s’é­taient sou­venus qu’on ne fait pas de bonne satire en avilis­sant ses per­son­nages, si mépris­ables ou ris­i­bles qu’ils soient. Hélas, tel qu’il est, le film peine à sus­citer le sourire, et n’é­gratigne pas grand-monde.