Entre un traite­ment par homéopathie et une stratégie de gav­age, il vaut mieux choisir. For Those in Per­il, pre­mier long-métrage du jeune réal­isa­teur écos­sais Paul Wright, essaie de com­bin­er ces deux approches en ren­trant, à petit pas, dans la psy­ché vac­il­lante de l’u­nique sur­vivant d’un naufrage, tout en essayant d’ac­célér­er sa course avec un empile­ment d’im­ages esbroufeuses qui, plutôt que de ren­forcer la con­fu­sion du per­son­nage, finis­sent par créer une sorte de cacoph­o­nie visuelle que l’on subit sans très bien com­pren­dre d’où elle sort exacte­ment.

Atrophie autistique

Ostracisé par la com­mu­nauté de son vil­lage por­tu­aire après le naufrage qui coû­ta la vie à son frère et tout le jeune équipage du bateau qui l’in­té­grait pour la pre­mière fois, Aaron (George Mack­ay) porte sur lui l’en­tière respon­s­abil­ité de ce drame col­lec­tif et, de ce fait, finit par entériner la cam­pagne d’ex­clu­sion dont il est la vic­time en s’isolant de plus en plus dans un autisme étanche à tout (amnésie con­cer­nant la cat­a­stro­phe, con­juguée à un déni gran­dis­sant de la réal­ité). Ce mou­ve­ment de ren­fer­me­ment est d’une telle inten­sité que le jeune homme en vient à vivre de plus en plus dans un monde mythologique par­al­lèle : dans son for intérieur, la croy­ance en une légende folk­lorique nar­rant les exploits d’un garçon face à un mon­stre marin prend racine. Der­rière l’a­t­ro­phie autis­tique du per­son­nage, on sent bien tout un univers fab­uleux en train de gon­fler comme un can­cer, étouf­fant Aaron de l’in­térieur et évo­quant, à bien des moments, le beau­coup plus réus­si Take Shel­ter de Jeff Nichols. Plutôt que de chercher à se con­tenter de cette idée déjà un peu ressas­sée de bout en bout, Paul Wright tor­pille l’équili­bre frag­ile de son film avec tout un arse­nal d’im­ages fraîche­ment débar­quées de nulle part.

Les images de nulle part

Comme par sol­i­dar­ité face à l’en­lise­ment névro­tique de son per­son­nage prin­ci­pal, For Those in Per­il se perd dans un éclate­ment schiz­o­phrénique en semant, tout au long de sa pro­gres­sion, des images hétéro­clites (cas­settes famil­iales, scène du naufrage, extraits de JT et séquences oniriques). Cette étrange ten­ta­tive de panop­tisme dégage une impres­sion de m’as-tu-vu, alors que l’on ignore qui est-ce exacte­ment que l’on doit regarder. D’où sor­tent toutes ces images, si ce n’est d’un réal­isa­teur au regard inex­plic­a­ble­ment démul­ti­plié, cher­chant à faire l’é­ta­lage de ses effets de manche ? Toute cette mécanique osten­ta­toire n’embraie que sur un film visant à se ranger dans la caté­gorie des « films coup de poing » qui, à trop vouloir en met­tre plein la vue, oublient de dévelop­per véri­ta­ble­ment leur pro­pre point de vue.