En suiv­ant l’it­inéraire d’un jeune psy­cho­tique en cav­ale, le réal­isa­teur ital­ien Mas­si­m­il­iano Ama­to offre une plongée brute dans l’u­nivers de la mal­adie avec, en con­tre­point, le regard com­patis­sant de ceux qui n’au­ront jamais les out­ils pour com­pren­dre. Servi par des acteurs sobres et déter­minés, le film souf­fre néan­moins d’une forme un peu poseuse et par­fois gra­tu­ite, en dépit de jolis moments de grâce.

Il est tou­jours assez téméraire pour un réal­isa­teur de con­stru­ire entière­ment un pro­jet autour du thème de la psy­chose, notam­ment lorsque celui-ci ne devient pas pré­texte à tran­scen­der la mise en scène en appli­quant la fameuse recette hol­ly­woo­d­i­enne du Big­ger Than Life (cf Black Swan, actuelle­ment en salles et auréolé d’un suc­cès con­sid­érable). On sait que le sujet ne déplace pas les foules mais il attise tou­jours une cer­taine curiosité puisqu’il va tou­jours pos­er la ques­tion du par­ti-pris du réal­isa­teur à traiter son sujet (le genre, le thème ou le per­son­nage), et des moyens qui seront don­nés au spec­ta­teur pour pénétr­er cet univers tor­turé. Les uns choi­sis­sent la grandil­o­quence hys­térique, les autres mis­ent plutôt sur une retenue intro­spec­tive. Mas­si­m­il­iano Ama­to fait par­tie de la sec­onde caté­gorie et s’est ici risqué à faire d’un jeune homme psy­cho­tique et en marge de la société son prin­ci­pal point d’ac­croche et d’i­den­ti­fi­ca­tion, se reposant sur un acteur peu vu jusqu’i­ci mais néan­moins très tal­entueux, Luca Guas­ti­ni. Mar­co, le jeune homme qu’il inter­prète ici, est un jeune patient boulever­sé par le sui­cide de son com­pagnon de cham­bre qui décide de deman­der à son frère de l’as­sis­ter pour lui-même met­tre fin à ses jours. Plutôt isolé jusqu’i­ci, Mar­co va renouer avec un mem­bre d’une famille tou­jours restée en hors-champ. Les deux hommes, entre tâton­nement et ques­tion­nements exis­ten­tiels, vont se retrou­ver embar­qués dans une cav­ale con­tre la mort.

De l’empathie, le réal­isa­teur en a pour ses per­son­nages. De Mar­co, qu’il ne cesse de filmer en plans rap­prochés comme pour mieux soulign­er la prison dans laque­lle sa mal­adie l’en­ferme, à Nina, la petite amie du frère Davide qui ne sup­porte plus d’as­sis­ter à “ce jeu de mas­sacre”, les per­son­nages exis­tent dans leur com­plex­ité toute humaine, emprunts d’élans et de con­tra­dic­tions que le regard du réal­isa­teur embrasse avec une générosité cer­taine. Tou­jours prompte à plac­er ses per­son­nages dans un con­texte qui les porte ou les écrase, la caméra donne une place prépondérante aux corps des acteurs et c’est prob­a­ble­ment dans ces moments-là que le film atteint une cer­taine grâce. Par­mi les plus beaux pas­sages, on pour­ra retenir le pas­sage où Mar­co ren­con­tre une pros­ti­tuée hol­landaise. Jouant avec une douce mélan­col­ie sur la représen­ta­tion du corps − un instant fam­i­li­er puis soudaine­ment étranger − que le jeune psy­cho­tique se con­stru­it (puis détru­it), le réal­isa­teur sus­pend son film aux pen­sées vagabon­des de son per­son­nage et parvient à le décon­necter un court instant de tous les enjeux extérieurs. Plus glob­ale­ment, c’est cette capac­ité à scruter le corps en fuite qui fait la force du bien nom­mé Exit — Una Sto­ria Per­son­ale.

Là où le film pèche, c’est dans cet excès de styl­i­sa­tion qui plombe par­fois l’empathie que l’on pour­rait avoir pour les per­son­nages, ren­dant la mise-en-scène un brin tape-à-l’œil. On com­prend bien que le réal­isa­teur, s’il n’adopte pas la recette du Big­ger Than Life, n’est pas non plus dans la pos­ture doc­u­men­taire. Si tout est tourné en décors et en lumières naturels, Mas­si­m­il­iano Ama­to ne se départ pas de quelques effets de style qui, s’ils intriguent au début, peu­vent finir par lass­er. La ner­vosité du mon­tage et les mou­ve­ments inces­sants de caméra trahissent un peu trop l’in­ten­tion d’un cinéaste qui cherche à faire corps avec son sujet et qui croit, un peu naïve­ment, qu’il faut néces­saire­ment bris­er la flu­id­ité des scènes pour mieux ren­dre compte du chaos qui habite Mar­co. Très rapi­de­ment, on sent que le réal­isa­teur fait fausse route et que ce choix dessert un peu la sincérité de son pro­jet. Les effets tombent par­fois dans la gra­tu­ité et lais­seraient enten­dre que le choix du sujet serait surtout lié aux oppor­tu­nités styl­is­tiques qui lui sont liées. C’est dom­mage car là n’é­tait sûre­ment pas l’in­ten­tion du cinéaste.