En 1995, Hidea­ki Anno créait avec la série ani­mée Neon Gen­e­sis Evan­ge­lion une œuvre culte, l’une des pre­mières séries à avoir un réel reten­tisse­ment inter­na­tion­al hors du marché du diver­tisse­ment jeunesse. Douze ans plus tard, le voilà à la tête de l’équipe chargée d’amen­er la série sur grand écran, sous la forme d’une trilo­gie et d’un épi­logue. Une saga qui, pour le moment tout au moins, reprend pure­ment et sim­ple­ment la série, et qui ne s’adresse finale­ment ni aux fans, ni aux novices.

L’in­trigue d’Evan­ge­lion, en apparence, est rel­a­tive­ment sim­ple. Sur une Terre dévastée par l’ar­rivée des Anges, créa­tures aus­si mys­térieuses que titanesques, l’hu­man­ité est par­v­enue tant bien que mal à se relever. Une agence inter­na­tionale, la NERV, a été créée pour faire face au retour éventuel des Anges. Lorsque ces créa­tures se man­i­fes­tent à nou­veau, la NERV mobilise ses plus puis­santes créa­tions, les Evas, gigan­tesques machines bio­mé­caniques de guerre, ne pou­vant être con­trôlées que par de jeunes ado­les­cents. Lorsque la pre­mière pilote, ter­ri­ble­ment blessée, s’avère inca­pable de con­tin­uer le com­bat, le chef de la NERV envoie chercher Shin­ji, son pro­pre fils, et ce mal­gré le dan­ger encou­ru, et l’in­ca­pac­ité chronique de ce dernier à pren­dre la moin­dre respon­s­abil­ité.

Rel­a­tive­ment, donc. Parce que voir dans le scé­nario d’Evan­ge­lion un énième avatar de la fas­ci­na­tion nip­pone pour les géants com­bat­tant, dans la lignée de Godzil­la et autres Goldo­rak, serait faire une grave erreur. De fait, Evan­ge­lion se rap­proche plus d’un autre “genre” typ­ique­ment japon­ais, le réc­it à tiroirs ultra­référen­tiel – peu représen­té au ciné­ma (si ce n’est, peut-être, dans le Jin-Roh d’Hi­royu­ki Okiu­ra), ce dernier est surtout pop­u­laire dans les séries ani­mées et les longs scé­nar­ios de jeux vidéo tels que Xenogears de Tet­suya Taka­hashi et ses suites. Evan­ge­lion pos­sède les car­ac­téris­tiques prin­ci­pales du genre : scé­nar­ios abscons à teneur haute­ment sym­bol­ique, et références mul­ti­ples, générale­ment si bien inté­grées qu’elles feraient pass­er les idées les plus tara­bis­cotées de J.J. Abrams pour des devinettes Caram­bar.

La ques­tion se pose donc : com­ment, et surtout pourquoi, réadapter au ciné­ma une série dont la com­plex­ité peine à être con­tenue dans les 13h du for­mat orig­inel ? Le réal­isa­teur aurait-il longue­ment mûri son pro­jet, adap­tant réelle­ment son labyrinthe nar­ratif pour le grand écran ? Anno, aux com­man­des des films qui repren­nent la série, s’est attaché à réadapter “sa” série aux nou­velles pos­si­bil­ités de l’an­i­ma­tion. Pour autant, le film ne dif­fère que fort peu de la série, cer­taines séquences étant inté­grale­ment repris­es. Non con­tent de ne bris­er aucune­ment sa trame nar­ra­tive, Anno ne redes­sine rien, gar­dant un graphisme daté et, il faut bien le dire, pass­able­ment laid.

Certes, Evan­ge­lion : 1.0 — You Are (Not) Alone reste un pro­jet intri­g­ant, puisque parsemé d’élé­ments chronologique­ment dif­férents du déroule­ment de la série, ce qui indi­querait un nou­v­el ordon­nance­ment du scé­nario. Les change­ments visuels adop­tés par Anno con­cer­nent la majeure par­tie du temps les effets mécaniques, et de masse : le réal­isa­teur sem­ble vouloir, ce faisant, appuy­er l’idée de démesure, le gigan­tisme des Evas, comme des con­flits qui les opposent aux Anges. Mais à aucun moment il ne prof­ite réelle­ment des pos­si­bil­ités offertes par le ciné­ma, ou par les avancées con­sid­érables des tech­niques d’an­i­ma­tion depuis une douzaine d’an­nées. Evan­ge­lion : 1.0 n’est donc pas à pro­pre­ment par­ler un film, mais un exer­ci­ce de style pour les afi­ciona­dos de la série qui pour­raient combler les trous et impré­ci­sions du scé­nario, trous qui engloutiront les novices – aux­quels s’adresse pour­tant man­i­feste­ment le film.