En secret, ou com­ment un film réal­isé par une Améri­cano-Irani­enne et tourné au Liban rend bien mal­gré lui un vibrant hom­mage à la sub­til­ité, la néces­sité rageuse et la valeur du ciné­ma iranien.

Entre les œuvres per­cu­tantes de Jafar Panahi (Ceci n’est pas un film et Le Miroir), le suc­cès d’Une sépa­ra­tion d’Asghar Fahra­di[1], la sin­gu­lar­ité de The Hunter de Rafi Pitts ou de Main­line de Rakhshan Bani-Etemad et Mohsen Abdolva­hab (réal­isé en 2006), plus encore dans les con­di­tions que l’on con­naît, l’année 2011 du ciné­ma iranien fut excep­tion­nelle. Il se trou­ve que 2012 com­mence sous des aus­pices moins avan­tageux ; domine l’idée d’une décli­nai­son et d’un recy­clage d’une sorte de fran­chise par le biais de films énon­cés en dehors d’Iran – ce qui ne peut être évidem­ment reproché. Le Print­emps de Téhéran – l’histoire d’une révo­lu­tion 2.0 d’Ali Sama­di Aha­di témoignait de cette ten­dance qu’En secret vient pour le moins ren­forcer.

Ate­feh et Shirin sont les meilleures amies du monde et enten­dent prof­iter de leur jeunesse : elles tombent le voile dès que pos­si­ble, dansent dans des soirées branchées, boivent de la vod­ka cul sec, séduisent des mecs. Et de temps à autre, cette ami­tié prend une dimen­sion amoureuse : on se caresse ten­drement. Pré­cisons qu’elles sont belles comme des cœurs, même si Ate­feh gâche quelque peu ce côté gra­cieux en main­tenant ses lèvres dans la posi­tion dite en « cul-de-poule » – à tel point qu’on en vient à se deman­der s’il ne s’agit pas là d’un éton­nant choix de direc­tion d’actrice… Pas­sons. Elles rêvent d’étranger, notam­ment de con­courir à l’Asiavision, décli­nai­son asi­a­tique d’une des plus fameuses réal­i­sa­tions européennes. Pen­dant ce temps, Mehran, le frère d’Ate­feh, prend de la drogue, mais pré­pare un sévère com­ing out con­ser­va­teur en se faisant bon croy­ant et, tant qu’à faire, bassid­ji (mili­cien civ­il du régime) ; ce qui sied mal à une famille bour­geoise raf­finée et let­trée. Au cours du film, Shirin, orig­i­naire d’un milieu plus mod­este et tra­di­tion­nel, et Mehran se rap­prochent, à tel point que le tout se ter­mine en mariage. Ce qui ne manque pas de met­tre à mal la pro­fonde ami­tié entre les deux héroïnes.

Tant rien ne va dans Un secret qu’on ne sait trop par où pren­dre la chose. Chaque inten­tion débouche sur une sorte de surenchère, par exem­ple l’affirmation de la sen­su­al­ité fémi­nine aboutit à des séquences dignes d’un porno soft et chic – par ailleurs, on ne s’é­ten­dra pas sur la scène où un chauf­feur de taxi est pris en fla­grant délit de podophilie. La réal­i­sa­tion se trou­ve con­stam­ment empesée d’invraisemblables chichis (ralen­tis, décolle­ment image-son, jeux de lumière, etc.) redou­blés d’épaisses couch­es musi­cales. Et dans cette insis­tance à vouloir mon­tr­er que la jeunesse irani­enne est une jeunesse comme les autres, on en vient à penser que Maryam Keshavarz n’en est pas tout à fait con­va­in­cue. Pour le dire sim­ple­ment, En secret se con­fond avec une bouil­lie de world cin­e­ma des plus indi­gestes.

Notes

Notes
↑1 Film qui a divisé notre rédac­tion comme en témoigne l’arti­cle de Guil­laume Morel