Incar­céré pour avoir mortelle­ment blessé son adver­saire lors d’un com­bat d’e­scrime, Zihan tente à sa sor­tie de prison de renouer avec son frère, Zijie, qui s’est entre-temps lui aus­si spé­cial­isé dans cette dis­ci­pline sportive. En Garde se con­cen­tre dans un pre­mier temps sur ce dernier, présen­té comme un jeune homme can­dide qui, envers et con­tre tous, décide de laiss­er une sec­onde chance à l’aîné. Si le film entre­tient d’abord une zone d’ombre autour de la cul­pa­bil­ité de Zihan, il l’évacue dans une sec­onde par­tie, dévoilant pro­gres­sive­ment com­ment ce dernier est habité depuis tou­jours par une grande vio­lence. À tra­vers la rela­tion entre ces deux frères, En Garde actu­alise en cela l’imaginaire de la rival­ité d’Abel et Caïn. Jalousie, vio­lence et rédemp­tion sont trans­posées dans l’univers cod­i­fié de l’escrime, qui devient le théâtre sym­bol­ique de l’affrontement de ces deux per­son­nal­ités.

Le réc­it peine cepen­dant à dépass­er un cer­tain sché­ma­tisme : Zihan est présen­té comme une fig­ure dan­gereuse et manip­u­la­trice, tan­dis que Zijie incar­ne une inno­cence angélique, presque sac­ri­fi­cielle. Ce dual­isme se reflète dans la forme même de la nar­ra­tion, qui épouse alter­na­tive­ment le regard de l’un et de l’autre, en faisant de cet entrelace­ment une manière de nav­iguer entre plusieurs gen­res et intrigues sec­ondaires afin d’étoffer la matière du réc­it. Ce tis­sage s’effiloche toute­fois lorsque le per­son­nage de Zihan revient au pre­mier plan. La nar­ra­tion délaisse alors ce tres­sage pour bas­culer bru­tale­ment dans l’horreur. La con­clu­sion est ain­si l’écrin d’un défer­lement de vio­lence man­i­feste­ment pen­sé pour cho­quer, tant la séquence tranche avec le reste du film. Si ce revire­ment final se rêve sub­ver­sif, il laisse plutôt un goût d’inachevé, tant il appa­raît arbi­traire et ani­mé par la volon­té d’épater.