S’il fal­lait sym­bol­is­er la place d’Elser dans la fil­mo­gra­phie d’O­livi­er Hirsch­biegel, il serait facile d’y voir un cal­cul, plus com­mer­cial qu’artis­tique, mais tout aus­si math­é­ma­tique dans son approche : la mul­ti­pli­ca­tion de L’Ex­péri­ence, son pre­mier long métrage réal­isé en 2001, par La Chute, son hit mon­di­al de 2004. Soit l’épreuve infligée aux spec­ta­teurs d’une expéri­ence de tor­ture (aus­si physique que men­tale) sur un jeune résis­tant ayant man­qué de peu un atten­tat con­tre Hitler en 1939. En effet, le film nous saisit alors qu’Elser, jeune menuisi­er com­mu­niste, est en train de met­tre un point final à la bombe arti­sanale qu’il a con­coc­tée. Il l’in­stalle déli­cate­ment dans un pili­er de la brasserie muni­choise où le Führer a l’habi­tude de pronon­cer chaque année un dis­cours à la date anniver­saire de son putsch raté de 1923. Con­trôlé à la fron­tière suisse alors qu’il tente de fuir le pays, Elser apprend alors que son pro­jet a man­qué son objec­tif puisqu’Hitler a eu la riche idée de quit­ter son pupitre 13 min­utes plus tôt que prévu.

Hirsch­biegel fera alors tanguer mécanique­ment son film entre les séances de sévices sur le jeune homme et son passé dévoilé au cours d’un flash-back inces­sant, plus attaché à dépein­dre plate­ment la pas­sion amoureuse du résis­tant qu’à nous gliss­er, ne serait-ce que sub­rep­tice­ment, dans son esprit révolté et ingénieux. Le pro­gramme est telle­ment atten­du (vie déroulée et mort prochaine entremêlées), d’un académisme tant formel que psy­chologique qu’Elser aurait plus légitime­ment sa place sur la chaîne His­toire qu’en salles, afin d’y men­er son didac­tisme sopori­fique. On ne peut qu’être éton­né devant la métic­u­losité du cinéaste à bazarder toute com­plex­ité au prof­it d’ef­fets de mise en scène (notam­ment sur les tran­si­tions entre les deux tem­po­ral­ités) pour le moins hasardeux, comme cette séquence où Elser est drogué et voit défil­er sa vie réduite à un clip cri­ard des années 1990 réal­isé par le Dan­ny Boyle de Trainspot­ting (couleurs fluo et grains verdâtres en prime). La pré­ciosité affec­tée de la recon­sti­tu­tion his­torique achève de faire d’Elser un écrin malaisant à la mémoire de son pro­tag­o­niste prin­ci­pal. On préfér­era net­te­ment revoir, sur un sujet sim­i­laire, le Walkyrie de Bryan Singer.