Con­traire­ment à ce que lais­sait présager son univers d’hero­ic fan­ta­sy, finale­ment réduit à ses atours les plus super­fi­ciels (une suite de lieux stéréo­typées, une col­lec­tion de sor­tilèges et d’objets mag­iques sous exploités, etc.), Don­jons & Drag­ons : L’Honneur des voleurs se révèle plus proche du Mar­vel Cin­e­mat­ic Uni­verse (John Fran­cis Daley était d’ailleurs le coscé­nar­iste de Spi­der-Man Home­com­ing) que du jeu de rôle dont il s’inspire. L’autodérision, ten­dance désor­mais hégé­monique du diver­tisse­ment améri­cain, est poussée à un tel degré que la comédie, genre de prédilec­tion des réal­isa­teurs, prend large­ment le pas sur les scènes d’action : la bande de hors-la-loi menée par Edgin (Chris Pine), un voleur au bagout ravageur, se dis­tingue avant tout par sa mal­adresse.

Le ressort comique de la gaucherie implique mal­heureuse­ment d’escamoter le poten­tiel des arte­facts sur­na­turels dont le film aurait pu tir­er prof­it. Exem­plaire­ment, des por­tails per­me­t­tant de voy­ager d’un espace à un autre, dans une référence évi­dente au jeu vidéo Por­tal et à son game­play ver­tig­ineux de poten­tial­ités, se retrou­vent con­damnés après seule­ment deux util­i­sa­tions fainéantes. Même la magie finit par se fon­dre dans l’imaginaire de sci­ence-fic­tion nor­mé qui domine le champ du block­buster con­tem­po­rain. Un sort per­met ain­si de pro­jeter un holo­gramme qui sem­ble lit­térale­ment bug­ger, en répé­tant la même phrase d’une voix grésil­lante, à la manière d’un disque rayé. Loin du bol d’air frais escomp­té, Don­jons & Drag­ons sac­ri­fie son poten­tiel pour ne livr­er qu’un ersatz des Gar­di­ens de la Galax­ie.