Iyad et Nour sont un cou­ple de Pales­tiniens petits-bour­geois instal­lés à Jérusalem, et qui s’apprêtent à immi­gr­er à Paris. Il est chirurgien, elle est comé­di­enne. Il a la quar­an­taine bien avancée, elle est toute jeune. Lorsque leur départ pour la France est retardé, les deux tourtereaux ter­gi­versent, se déchirent car, com­prenez-vous, il y a for­cé­ment de la souf­france cachée quelque part. Mais pour quoi au juste ?

À jouer sur la dra­ma­tique du grand écart, de ce cou­ple que-tout-sépare-mais-que-pour­tant-tout-réu­nit, Taw­fik Abu Wael creuse un fos­sé d’incompréhension. Pas tant que le déter­min­isme social et la dif­férence d’âge ne suff­isent pas à ren­dre crédi­ble une intrigue pour­tant nébuleuse, mais il manque cru­elle­ment à ce film un pro­pos qui dépasse son petit pos­tu­lat nar­cis­sique. Alors oui, on pour­rait se féliciter que pour une fois un film se déroulant à Jérusalem évac­ue presque tout con­texte géopoli­tique, il n’en reste pas moins que le vide lais­sé est rem­pli à la va-vite par ce qui con­stitue une forme de min­i­mum garan­ti du film d’auteur.

Entre ellipses cen­sées jouer la fonc­tion de catal­y­seur des trou­bles, musique sur-sig­nifi­ante et sym­bol­es appuyés à la dual­ité du cou­ple (des plans avec des miroirs, Nour inter­pré­tant le rôle de deux sœurs dans une pièce), ce réc­it de l’implosion ordi­naire d’un ménage fait du non-dit un académisme bar­bant, lais­sant au spec­ta­teur la respon­s­abil­ité de décider de ce qui fait sens ou non. Cette démis­sion face à un réc­it clas­sique d’amour con­trar­ié laisse pan­tois, et se trou­ve ren­for­cée par la rou­blardise d’un scé­nario qui dirige tout sans se pronon­cer sur rien.

Ne restent alors que quelques appels du pied à se met­tre sous la dent (L’enfant que porte Nour en son sein est-il bien celui d’Iyad ? Se ren­dre à Paris con­stitue-il la tra­duc­tion d’un désir de fuite à met­tre en cor­réla­tion avec la sit­u­a­tion israé­lo-pales­tini­enne ?), et un duo d’acteurs qui se démène tant bien que mal à l’intérieur de ce marasme. Mais le peu d’attention portée aux con­vic­tions des per­son­nages referme toute hypothèse métaphorique, ou par exem­ple d’un réc­it de class­es, et replie symétrique­ment le film sur cette indé­ci­sion du grand écart. On peut alors, au choix, pren­dre le mai­gre par­ti du “trop vieux pour elle” ou du “trop jeune pour lui”.