Mathilde Seign­er, nou­velle coqueluche du ciné­ma écol­o­giste, retrou­ve la réal­isatrice Valérie Guigna­bodet, deux ans après Mariages !, pour un pro­jet plutôt ambitieux autour du monde équestre. Si la mise en scène n’est tou­jours pas à la hau­teur de nos attentes, Danse avec lui vaut surtout pour l’én­ergie déployée pour cern­er la com­plex­ité de la rela­tion qui unit l’homme au cheval.

Voilà plusieurs semaines que l’af­fiche du film nous fai­sait crain­dre le pire à pro­pos du troisième long métrage de Valérie Guigna­bodet. La présence de Mathilde Seign­er dans un envi­ron­nement rur­al don­nait l’im­pres­sion d’une resucée d’Une hiron­delle a fait le print­emps (suc­cès sur­prise en 2001) et le titre rap­pelait vague­ment un vieux tube ringard de C. Jérôme. Pas très embal­lant, en somme. Il faut dire que le cheval a pas­sion­né bon nom­bre de cinéastes qui n’ont que très rarement relevé le défi de cern­er l’am­biva­lente rela­tion de l’homme à cet ani­mal que l’on s’ob­s­tine tou­jours à dress­er quand la voiture l’a défini­tive­ment sup­plan­té. Entre l’anesthésié L’Homme qui mur­mu­rait à l’or­eille des chevaux de Robert Red­ford et le raté de Mis­ter V d’Ém­i­lie Deleuze – ne par­lons même pas du dégouli­nant Seabis­cuit – il n’y a eu guère que Patri­cia Mazuy et son Basse-Nor­mandie pour ren­dre compte de toute cette fièvre qui peut lier un cav­a­lier à sa mon­ture.

La réal­isatrice de l’ou­bli­able Mariages ! arrivait donc en ter­rain miné et se devait de refuser tous les com­pro­mis pour don­ner vie à ce pro­jet qui lui tenait vis­i­ble­ment à cœur depuis de nom­breuses années. D’un strict point de vue ciné­matographique, Danse avec lui est sans véri­ta­ble ambi­tion. Tout au plus, la réal­isatrice tente un par­al­lélisme sym­bol­ique plutôt lour­daud entre le chaos de la vie con­ju­gale d’Alexan­dra (Mathilde Seign­er) – un mari infidèle qui se tue rapi­de­ment sur la route – et un grave acci­dent de cheval qui l’im­mo­bilise pen­dant un long moment. Passé cette intro­duc­tion plom­bée d’ef­fets dra­ma­tiques agaçants (mon­tage mal­adroite­ment nerveux, musique omniprésente), le film change de cap lorsque la rescapée ren­con­tre un vieil écuy­er (incar­né par le trop rare Sami Frey) qui a mis toute sa vie dans les chevaux au risque de se couper des hommes. Le dres­sage et la rela­tion qui les lie à l’an­i­mal devient alors un pré­texte per­me­t­tant aux deux per­son­nages de se (re)construire et de (ré)apprendre à aimer. L’idée n’est pas nou­velle et le traite­ment n’évite pas les facil­ités. Mais le point fort de Valérie Guigna­bodet, c’est de vrai­ment con­naître le monde équestre et de s’être entourée, en l’oc­cur­rence, de deux grands dresseurs (Bernard Sach­sé et Jean-François Pignon qui endosse même le rôle de Miguel). Du coup, dif­fi­cile de ne pas recon­naître que la réal­isatrice réus­sit ce que d’autres (Émi­lie Deleuze, notam­ment, mais qui ne dis­po­sait pas non plus des mêmes moyens) ont raté : une approche doc­u­men­taire de la rela­tion com­plexe qui unit l’homme au cheval au sein d’une fic­tion. L’in­vestisse­ment des deux acteurs prin­ci­paux (dont Mathilde Seign­er qui s’est emparée du rôle avec une éton­nante déter­mi­na­tion) fait beau­coup dans la demi-réus­site de ce film qui aurait cepen­dant gag­n­er à faire preuve d’un peu plus d’au­dace formelle.