Dan­ger­ous Ani­mals con­tre­vient assez vite au pro­gramme de « film de requins » que son titre lais­sait présager. La pre­mière scène présente un jeune cou­ple s’en allant vis­iter en mer les requins aus­traliens, à bord d’un rafiot piloté par Tuck­er, un cap­i­taine un peu cabot sur les bor­ds. Lorsque le cou­ple s’engage dans la cage qui doit les met­tre en con­tact avec les « ani­maux dan­gereux », on s’attend alors à ce que les choses dégénèrent, que la cage se brise et que les deux per­son­nages soient dévorés ; il n’en est rien. Sean Byrne rem­place au con­traire au milieu de la scène les accents stri­dents de sa bande-son par une mélodie presque féérique, actant un bas­cule­ment de l’angoisse vers l’émerveillement, même si l’épiphanie des deux touristes stupé­faits ressem­ble presque à une pub­lic­ité pour un safari marin. Ce n’est que lorsqu’ils revien­dront à bord de l’embarcation que l’horreur sur­gi­ra – on ne racon­tera pas com­ment – et que le sang se mêlera au bleu de l’eau. Il faut lire cette ouver­ture comme une déc­la­ra­tion d’intention : ce film de requins n’en sera pas tout à fait un.

La men­ace vien­dra plutôt de ce cap­i­taine aux faux airs de Quint des Dents de la Mer, qui prend en otage des jeunes filles pour les don­ner à manger aux squales, réduits au rang d’instruments pour les dif­férentes mis­es à mort. Si le pro­gramme est intri­g­ant, la folie de Tuck­er n’ouvre toute­fois pas sur une logique formelle à même de don­ner une con­stance aux scènes hor­ri­fiques. Sa démence est exhibée frontale­ment, en grande par­tie par le jeu grand-guig­nol de Jai Court­ney, mais aus­si par cer­taines séquences trop démon­stra­tives : en témoigne une scène de danse, au milieu du film, où le per­son­nage ges­tic­ule à moitié nu, une bière à la main. Le thriller en eaux trou­bles peine ain­si à pass­er la sec­onde, répé­tant le même dis­posi­tif de meurtre (les corps sont arrimés à un har­nais et une grue, tan­dis que Tuck­er filme les scènes à l’aide d’une caméra VHS) sans par­venir à relancer l’intérêt pour son intrigue. Sans compter la morale, tout aus­si balourde : le vrai requin, c’est l’homme.