Prenons le pire de la comédie française dans sa veine la plus putas­sière, util­isant l’al­i­bi d’un ou plusieurs sujets de société pour jus­ti­fi­er une accu­mu­la­tion de blagues pas drôles et de sen­ti­men­tal­isme réac. Prenons égale­ment le pire de la comédie améri­caine, qui n’a sou­vent de roman­tique que le nom et empile les caboti­nages out­ranciers d’ac­teurs sur le retour dans un déluge d’im­ages léchées et de hap­py-ends benêts. Met­tons ces ingré­di­ents rances dans un sal­adier et lais­sons le soin à un réal­isa­teur qui se rêve en néo-Almod­ovar de mélanger le tout pen­dant presque une heure et demie en chan­ton­nant les pires morceaux Euro­dance du moment. Ta-dah ! Cup­cakes est prêt.

Gloubi-boulga

Pour les non-ama­teurs de pâtis­series indi­gestes, les cup­cakes sont ces gâteaux inven­tés aux États-Unis, plein de col­orants et de crème sans goût, dont la toute petite taille est inverse­ment pro­por­tion­nelle à l’écœure­ment qu’ils pro­curent. Dif­fi­cile de savoir s’il s’ag­it d’un éton­nant aveu de la part du réal­isa­teur ou d’un acte man­qué met­tant à jour une douloureuse prise de con­science, mais tou­jours est-il que rarement un titre de film aura aus­si bien filé la métaphore. Cup­cakes (le film, pas les gâteaux) se veut une célébra­tion de l’ami­tié, de la tolérance, du dépasse­ment de soi et de l’Eu­ro­vi­sion. Dans une ambiance (et des décors) de sit­com (mais sans les rires en boîte pour indi­quer à quel moment on est cen­sé s’esclaf­fer, périlleuse audace pour une comédie pas drôle), une bande de femmes (une quin­qua, une ou deux trente­naires, quelques-unes un poil plus jeunes, et un cou­ple de les­bi­ennes) et un mec (gay), tous fans d’un con­cours type Euro­vi­sion, com­posent une chan­son un soir de beu­ver­ie. Le mec décide de faire con­courir le morceau pour la prochaine édi­tion du con­cours. La chan­son est sélec­tion­née… Sus­pense !

Évidem­ment, l’his­toire de l’Eu­ro­vi­sion est un pré­texte pour racon­ter les galères exis­ten­tielles et les ater­moiements amoureux des per­son­nages. Lesquels sont si car­i­cat­u­raux qu’ils feraient pass­er les héroïnes de Des­per­ate House­wives (série plag­iée ici jusque dans ses gim­micks musi­caux) pour des mod­èles rohmériens. C’est con­ster­nant au-delà du pos­si­ble, et d’au­tant plus ahuris­sant qu’Ey­tan Fox, réal­isa­teur israélien con­nu pour ses mélos – un poil indi­gestes, mais avec la volon­té, fût-elle mal­adroite, de dress­er un état des lieux de la com­mu­nauté gay israéli­enne (Yos­si, The Bub­ble, Yos­si & Jag­ger) – sem­ble ici ten­dre vers un lis­sage rad­i­cal de son ciné­ma, pour en évac­uer tout intérêt poli­tique ou social et n’en garder qu’une sorte de pro­duit ultra-stan­dard­isé, dénué de tout enjeu. Que nous dit Cup­cakes sur la société dans laque­lle évolu­ent les per­son­nages, ses change­ments ? Rien. Édouard Baer passe en coup de vent pour faire le mar­i­olle, les acteurs chantent, dansent, se font des bisous dans un déluge de couleurs sat­urées et de musique tar­tig­nolle, et puis voilà. Où est le ciné­ma là-dedans ?