Un homme. Une femme. Jadis, ils se sont aimés pas­sion­né­ment, se sont mar­iés puis se sont séparés. Plusieurs années plus tard, ils se retrou­vent par hasard lors d’un mariage. Au gré de leur dis­cus­sion, vont-ils envis­ager la pos­si­bil­ité de retomber amoureux l’un de l’autre?

C’est tout? Oui. Sur cette trame nar­ra­tive très mince et éminem­ment casse-gueule, le réal­isa­teur Hans Canosa (dont c’est le sec­ond film) entend nous cap­tiv­er pen­dant près d’une heure trente au cours de laque­lle les deux comé­di­ens vont jouer (par­fois bril­lam­ment) une par­tie de ping-pong qui s’ap­par­ente d’év­i­dence bien plus à l’ex­er­ci­ce théâ­tral qu’au lan­gage ciné­matographique. Impres­sion ren­for­cée par l’u­nité de lieu (une salle de ban­quet vide, une cham­bre d’hô­tel) et la qua­si-absence de per­son­nages sec­ondaires. Pour faire pass­er la pilule, Hans Canosa a quand même une idée: tourn­er avec deux caméras et mon­ter tout le film en split-screen. Pop­u­lar­isé notam­ment par Bri­an De Pal­ma, le principe a, a pri­ori, de quoi sur­pren­dre dans un reg­istre aus­si intimiste. Du début à la fin, l’écran est donc divisé en deux: d’un côté, elle (Hele­na Bon­ham Carter); de l’autre, lui (Aaron Eck­hart). Le procédé, irri­tant au début, finit par séduire: en séparant par la forme ses deux pro­tag­o­nistes qui passent pour­tant l’essen­tiel du film côte à côte, le réal­isa­teur révèle tout ce qui est ren­du habituelle­ment impos­si­ble par le tra­di­tion­nel champ/contrechamp. Chaque mot pronon­cé par l’un pèse sur le vis­age et les gestes de l’autre. Canosa réus­sit en quelque sorte un petit tour de force: traduire de façon ciné­matographique l’in­ter­ac­tiv­ité qui définit l’e­space théâ­tral.

Hélas, mal­gré cette bril­lante propo­si­tion de mise en scène, Conversation(s) avec une femme tourne très vite à vide. La faute à la plat­i­tude d’un scé­nario aux dia­logues con­fon­dants d’inep­tie. Hans Canosa et sa scé­nar­iste Gabrielle Zevin n’ont vis­i­ble­ment pas grand chose à dire de neuf sur l’amour, le temps qui passe, les remords, les regrets, etc, et les bavardages de leurs per­son­nages tombent bien vite dans la car­i­ca­ture, mal­gré tout le tal­ent des deux comé­di­ens. S’a­joutent des épisodes en flash-back (tou­jours en split-screen) aus­si inutiles que mièvres dans lesquels nos deux héros raje­u­nis bat­i­fo­lent dans les prés et sous la cou­ette: c’est beau comme un clip de James Blunt. Quand, au bout de trois quarts d’heure de ver­biages les deux ex-futurs-tourtereaux se déci­dent enfin à remet­tre le cou­vert, on les pousserait bien hors du lit pour y piquer un petit somme. Et l’écran, tou­jours scindé en deux, ne devient plus qu’une abrutis­sante dis­trac­tion pour l’œil du spec­ta­teur, épuisé par la fadeur du pro­pos.