Jugée impro­pre à la vente en rai­son de son plumage noir et promise à finir en soupe, une poule refuse son sort tout tracé et s’évade, déter­minée à réin­ven­ter son des­tin. Le pro­gramme de Cocotte tient en une ligne, presque un gag : celui d’une poule en cav­ale. Sur le mode de la comédie ani­mal­ière (Chick­en Run, Babe…), une ville côtière grecque se trans­forme pour la gal­li­nacée en une série d’épreuves où le moin­dre trot­toir devient un rebord ver­tig­ineux et où une course-pour­suite avec un renard prend les allures d’un thriller hale­tant. Si Györ­gy Pál­fi filme son improb­a­ble héroïne au ras du bitume, il opte néan­moins pour une mise en scène peu inven­tive, la sai­sis­sant le plus sou­vent d’un point de vue extérieur, dans une alter­nance entre plans d’ensemble et gros plans. Un par­ti-pris quelque peu déce­vant, tant un tel pro­jet sem­blait appel­er à une véri­ta­ble immer­sion dans la per­cep­tion d’une poule – à l’instar d’EO de Skolimows­ki, qui épou­sait le point de vue de l’âne dans des visions plas­tiques plus auda­cieuses.

Cocotte préfère faire de sa poule une sorte d’enquêtrice que la caméra suit au fil de ses déam­bu­la­tions hasardeuses sur le ter­rain d’un restau­rant où elle a échoué après sa fuite. Celle-ci y décou­vre des car­tons d’électroménager empilés, sur­prend les allées et venues noc­turnes de camions, ou encore assiste à des échanges d’argent liq­uide. De ces obser­va­tions frag­men­taires émer­gent les con­tours d’un som­bre théâtre en bord de mer. L’établissement sert en effet de toile de fond à une intrigue sec­ondaire : Nikos, le com­pagnon dou­teux de la fille du pro­prié­taire, y orchestre divers trafics. La mise en scène n’en livre d’abord que des indices épars, avant de dévoil­er plus frontale­ment un sor­dide réseau d’immigration clan­des­tine organ­isé dans les pièces inoc­cupées du lieu. À par­tir de cette révéla­tion, la caméra se détourne de sa pro­tag­o­niste à plumes, aban­don­nant son point de vue ini­tial pour se met­tre à hau­teur d’homme. Le film se focalise dès lors sur des enjeux plus bal­isés autour de la vie du restau­rant, struc­turant son réc­it selon un affron­te­ment sché­ma­tique : d’un côté, l’hon­nête pro­prié­taire voulant réha­biliter son com­merce et, de l’autre, l’escroc, prof­i­tant de la dis­cré­tion des lieux pour men­er ses activ­ités illicites. Au fond, le film ne tire pas grand-chose de la présence de l’oiseau dans cet univers vénal. Ce principe de cohab­i­ta­tion n’alimente in fine qu’un pro­pos lour­de­ment appuyé : en tant que fig­ure can­dide, la poule devient l’instrument d’un dis­cours opposant l’innocence ani­male à la cor­rup­tion inhérente à l’humain. Si l’on pou­vait ain­si espér­er que Cocotte se détache d’une approche stricte­ment anthro­pocen­trée, cette piste se voit rapi­de­ment étouf­fée par une morale sur­plom­bante.