Pre­mier long métrage de fic­tion d’un jeune réal­isa­teur issu du doc­u­men­taire, Classe à part oscille assez mal­adroite­ment entre les deux formes. Il traite d’une part un « sujet » : une classe d’adaptation de Russie, espace de relé­ga­tion d’adolescents hand­i­capés sup­posé assur­er leur tran­si­tion vers une classe « nor­male ». D’autre part, il se rac­croche à la fic­tion pour venir grossir ce cœur soci­ologique, pour le com­pléter avec l’intimité de ses per­son­nages. On suit ain­si les mésaven­tures de Lena, une jeune myopathe en fau­teuil roulant qui rejoint la classe d’adaptation après des années de dés­co­lar­i­sa­tion.

La ques­tion des class­es d’adaptation, pour­tant cen­trale dans le film, n’est qu’effleurée à la manière d’un doc­u­men­taire clas­sique, voire pau­vre. Classe à part se con­tente de ressass­er la pres­sion d’un comité à venir, qui décidera de l’avenir des élèves. Hormis cela, quelques petites vignettes sans con­séquence vien­nent ponctuer le film pour en rap­pel­er le thème cen­tral. Un pro­fesseur fait danser les élèves à la manière d’une danse des canards. Plus tard, Lena se révolte un peu en reprochant le con­tenu inadap­té des leçons. D’une cer­taine manière, ce n’est para­doxale­ment pas ce sujet de la classe d’adaptation qui occupe Tver­dovsky. La fin du film en témoigne d’ailleurs, puisque l’épée de Damo­clès que représente l’horrible comité se volatilise étrange­ment lorsque, à part Lena, tous les élèves sont autorisés à pass­er en classe nor­male. C’est du moins ce qu’il paraît, puisqu’on nous mon­tre seule­ment la joie du petit copain de Lena, Anton. Il y a indé­ni­able­ment un dés­in­térêt pour le devenir des autres per­son­nages. En tout cas, on ne com­prend pas bien l’agitation autour de cette classe d’adaptation.

Héroïne

Tver­dovsky essaye en fait de fuir l’approche doc­u­men­taire qu’il a posée d’entrée de jeu. Tout au long du film, ce qu’il ne dit pas sur les class­es d’adaptation, il tente de le con­stru­ire par la fic­tion, par la créa­tion du per­son­nage de Lena. Il cristallise sur elle un enchaîne­ment de mal­heurs extérieurs à l’école, pour combler un manque. L’objectif est bien évidem­ment de faire mouche en créant un per­son­nage incroy­able­ment cori­ace, une fig­ure du courage. Mais en miroir du vide doc­u­men­taire, la surenchère fic­tion­nelle tire égale­ment à blanc. Impos­si­ble d’accrocher à ces scènes de crises répétées où tout se joue sur le même rythme, où aucune ten­sion ne trou­ve à s’installer. Dans son désir de lier doc­u­men­taire et fic­tion, Tver­dovsky suit évidem­ment les traces de Sergei Loznit­sa. Mais au lieu de par­venir à l’union d’un film comme My Joy, on sent chez lui une dis­so­ci­a­tion des deux qui mène à leurs essouf­fle­ments respec­tifs.