Claude Duty, surnom­mé le pape du court-métrage, n’a jamais fait des étin­celles en pas­sant au for­mat long. Absent des salles depuis quelques années, le voici de retour avec l’his­toire chao­tique d’une réal­isatrice en pleine crise exis­ten­tielle. En dépit de la présence lumineuse de Noémie Lvovsky, Chez nous, c’est trois ! n’a même pas le charme naïf des films bricolés. Pour un film qui par­le de ciné­ma, c’est un comble qu’il y soit si peu ques­tion de mise en scène !

Jeanne Mil­let est une réal­isatrice vague­ment dépres­sive qui n’a pas tourné depuis plusieurs années. Dans l’at­tente d’une val­i­da­tion pour son prochain pro­jet, elle accepte d’ac­com­pa­g­n­er une asso­ci­a­tion itinérante chargée de dif­fuser son film le plus con­nu dans les gîtes et club de vacances en Province. C’est pour elle l’oc­ca­sion de nouer de nou­velles ami­tiés, de ren­con­tr­er le pub­lic de ses films, mais surtout de revenir aux sources en dépas­sant ses récents échecs. Char­mante, l’idée de départ l’est sans con­teste car on sent bien dans la démarche de Claude Duty une volon­té de con­stru­ire un mod­este pont entre un réal­isa­teur et ses spec­ta­teurs, de don­ner du sens à l’acte de créer, même si les rares extraits du film réal­isé par Jeanne Mil­let laisse plan­er peu de doutes sur l’ab­sence de qual­ités de son œuvre. Et c’est bien là que le bât blesse : si le par­ti-pris du brico­lage est évi­dent et bien assumé, il ren­tre en con­tra­dic­tion avec les ambi­tions – même mod­estes – d’un réal­isa­teur qui con­fronte l’in­tim­ité du créa­teur à la réal­ité d’un pub­lic qui reçoit. L’a­ma­teurisme avec lequel la plu­part des scènes sont tournées lim­ite la mise en abyme à une inten­tion sans moyen ni imag­i­na­tion.

Il faut dire que l’écri­t­ure est par­ti­c­ulière­ment pau­vre : des sit­u­a­tions qui mul­ti­plient les lieux com­muns aux per­son­nages sec­ondaires, sans aspérité et inter­prétés avec bien peu de con­vic­tion, Chez nous, c’est trois sem­ble miser sur son charme rur­al pour sus­citer une cer­taine forme d’in­dul­gence, comme si les lieux bucol­iques pou­vaient davan­tage jus­ti­fi­er les flot­te­ments de la mise en scène et l’ab­sence de direc­tion d’ac­teurs. Noémie Lvovsky, qui embrasse son per­son­nage avec une cer­taine générosité et avec une jolie capac­ité d’im­pro­vi­sa­tion, ne parvient à sauver les meubles qu’en de trop rares moments. Le mon­tage, même s’il n’est ici qua­si­ment jamais ques­tion de mise en scène, ne lui offre que des con­trechamps déce­vants, engoncés dans le cliché et les sym­bol­ismes hasardeux. On imag­ine que l’au­teur de Filles per­dues, cheveux gras ou de Bien­v­enue au gîte espérait s’ap­procher d’un Emmanuel Mouret pour la légèreté solaire dont il a pu faire preuve (pen­sons par exem­ple au fort char­mant Vénus et Fleur), sauf que le scé­nar­iste a ici com­plète­ment oublié d’écrire des dia­logues capa­bles de créer le min­i­mum d’en­jeux req­uis. Ce film bien ennuyeux et pour­tant pas si long s’achève qua­si­ment dans un grand éclat de rire col­lec­tif, comme dans les plus médiocres séries dif­fusées sur TF1. C’est dire s’il est bien dif­fi­cile de partager l’en­t­hou­si­asme des per­son­nages.