Adap­té d’un best-sell­er sur les rela­tions hommes-femmes (titre orig­i­nal : He’s just not that into you, soit lit­térale­ment : “Il n’est pas vrai­ment attiré par toi”), le scé­nario de Ce que pensent les hommes pro­pose une mul­ti­tude de stéréo­types cen­sés représen­ter l’Américain(e) trente­naire moyen d’au­jour­d’hui, avec comme dénom­i­na­teur com­mun une ques­tion brûlante : mais qu’est-ce que les hommes peu­vent bien avoir dans la tête ? Pour l’il­lus­tr­er, Ken Kwapis a con­vo­qué une bat­terie de stars de (plus ou moins) sec­onde zone, issues de la télé (Gin­nifer Good­win, Kevin Con­nol­ly, Bradley Coop­er), du ciné­ma (Ben Affleck, Jen­nifer Con­nel­ly, Scar­lett Johans­son, Drew Bar­ry­more) ou les deux (Jen­nifer Anis­ton). Avec une telle affiche, Ce que pensent les hommes ressem­ble vague­ment au pilote d’une série lux­ueuse com­mandée par une chaîne du câble — ce qui aurait prob­a­ble­ment été plus judi­cieux, tant la mul­ti­pli­ca­tion des per­son­nages et des intrigues invite à une nar­ra­tion au long cours, sur deux ou trois saisons.

Au lieu de ça, Ken Kwapis tente tant bien que mal de con­denser ses his­to­ri­ettes en 2h10, priv­ilé­giant cer­tains per­son­nages et en sac­ri­fi­ant d’autres sans se souci­er d’une quel­conque cohérence. Il n’est d’ailleurs même pas ques­tion de s’at­tel­er à racon­ter une his­toire (et encore moins, luxe suprême, à met­tre en scène) mais plutôt de faire se suc­céder plusieurs saynètes illus­trant les pré­ceptes énon­cés dans le livre : “s’il ne veut pas se mari­er, c’est qu’il n’est pas vrai­ment attiré par toi”, “s’il ne te rap­pelle pas, c’est qu’il n’est pas vrai­ment attiré par toi” etc. On imag­ine avec un peu de peine les deux scé­nar­istes en train de planch­er sérieuse­ment sur le déploiement d’une intrigue basée sur de si sub­tils apho­rismes : en tout et pour tout, le film pour­rait se résumer en quelques lignes. Il incombe donc aux comé­di­ens, comme sou­vent dans ce genre de pro­duit mar­keté pour plaire au plus grand nom­bre (surtout lorsque l’œu­vre est ven­due dans un pack “tout-en-un” afin de sat­is­faire aux besoins com­mer­ci­aux de la Saint-Valentin), de sauver les meubles. Le résul­tat est calami­teux la plu­part du temps : de l’in­sup­port­able Gin­nifer Good­win (pour­tant si cro­quig­no­lette dans la splen­dide série Big Love) en pathé­tique chas­seuse de boyfriend à Scar­lett Johans­son, can­ton­née une fois de trop dans le rôle de l’al­lumeuse pulpeuse, per­son­ne n’a les moyens de sauver cette vul­gaire pan­talon­nade du désas­tre. Seule Jen­nifer Anis­ton, génie comique sous-estimé et cru­elle­ment sous-employé, parvient à rap­pel­er que les pan­tins qui s’agi­tent à l’écran sont bel et bien des êtres vivants.

Pour le reste, il faut se con­tenter d’un dis­cours moral­isa­teur dés­espéré­ment réac­tion­naire, telle­ment ridicule qu’il frôle le sub­lime : une femme, prête à par­don­ner à son époux sa rela­tion adultère, décide de deman­der le divorce quand elle décou­vre qu’il a repris la cig­a­rette sans l’en aver­tir. Une autre détru­it son bon­heur de cou­ple sim­ple­ment car son petit ami par­fait ne veut pas l’épouser : elle réalis­era sur le tard qu’elle a fait une con­ner­ie, mais il cédera à ses caprices. Faux film généra­tionnel qui tente de nous faire croire à la moder­nité de ses sit­u­a­tions et de ses per­son­nages (il faut voir la représen­ta­tion de l’ho­mo­sex­u­al­ité, sem­blant venir d’une autre époque), Ce que pensent les hommes est un som­met de ringardise aux gags éculés.