Soit deux cou­ples milanais : une compt­able char­mante et con­scien­cieuse, com­pagne d’un homme à embon­point et lunettes, bricoleur, gen­til comme tout mais un peu dans son monde ; et un gérant de can­tine mérid­ion­al ténébreux mar­ié à une épouse un peu aigrie. Devinez donc qui, dans chaque cou­ple, va tromper son con­joint avec l’autre ? C’est que mal­gré sa ten­ta­tive d’in­scrire la romance dans un con­texte réal­iste — la vie de cou­ple, les galères du foy­er, etc. — le film de Sil­vio Sol­di­ni cache mal ses balis­es de mélo­drame prévis­i­ble où, pour faciliter la sym­pa­thie pour les amants, chaque per­son­nage est sub­tile­ment mar­qué pour occu­per la place qui lui est con­ven­tion­nelle­ment due (par petites touch­es faciles de physique ou de car­ac­tère, les con­joints “de trop” sont stig­ma­tisés et mis en retrait). Même l’au­dace nat­u­ral­iste toute rel­a­tive dont il fait preuve pour appuy­er la rela­tion clan­des­tine va, d’une cer­taine façon, dans ce sens dis­crim­i­na­toire con­sis­tant à faire des uns des argu­ments de vente et des autres des meubles un peu encom­brants : aux amants les ébats tor­rides filmés dans leur cru­dité sans coupures, tan­dis que la vie sex­uelle des cou­ples légitimes mérite à peine, à ses yeux, d’être men­tion­née.

Sol­di­ni s’embarrasse bien, en vérité, pour essay­er de con­fér­er à son mélo­drame un sem­blant de rap­port avec le réel qui l’en­toure : les vies con­ju­gales et pro­fes­sion­nelles plus ou moins stim­u­lantes des deux amants, les dif­fi­cultés économiques qui les assail­lent. De ces con­stats d’usage un peu tirés en longueur, il ne con­stitue jamais un vrai point de vue, seule­ment de quoi ali­menter les valses-hési­ta­tions des tourtereaux dont il ne sait nous faire atten­dre qu’une bien piètre chose : qu’à mesure que cha­cun cherche à faire évoluer leur rela­tion, la réal­ité, juste­ment, les rat­trape et, à tra­vers son regard de faiseur de drames piqués de social, fasse de leur liai­son une faute. La ques­tion de l’ar­gent, notam­ment, fait office de triste régu­la­teur des élans sen­ti­men­taux. C’est elle qui s’in­fil­tre dans les foy­ers et peut faire des con­joints des boulets, même mal­gré eux ; c’est elle aus­si qui finit par met­tre fin à la ten­dre par­en­thèse et à ramen­er au moins l’un des amants à la mai­son, parce que, comme con­staté à la fin, l’adultère, ça coûte cher. La liai­son extra-con­ju­gale vue comme un luxe : l’idée, dis­cutable, aurait mérité d’être dévelop­pée, mais Sol­di­ni n’en garde qu’un ingré­di­ent de scé­nario pro­pre à aigu­iller son film aux enjeux plus banals qu’il ne le voudrait.