Un ancien bad boy en lib­erté con­di­tion­nelle retrou­ve après plusieurs années sa fille fugueuse et les embrouilles qui vont avec, et décide de renouer avec ses vieilles et vio­lentes habi­tudes pour la pro­téger. Le pitch de Blood Father est on ne peut plus basique, le pro­duit filmé ne l’est guère moins.

Copro­duc­tion fran­co-améri­caine, Blood Father n’a vis­i­ble­ment été pen­sé que pour cap­i­talis­er sur les pres­tiges, actuels ou passés, des deux noms sur son affiche. L’un fait tout ce qu’il peut pour mérit­er cette remise en avant, l’autre se mon­tre plus paresseux. Le pre­mier, c’est Mel Gib­son, très à son aise dans le reg­istre fam­i­li­er du mar­gin­al rugueux mais sym­pa­thique et roulant volon­tiers des mécaniques face à l’en­ne­mi. La présente vari­a­tion de ce sché­ma de per­son­nage, avec son côté repen­tant mais pas trop (en tout cas, pas plus que le spec­ta­teur n’at­tend de lui), invite osten­si­ble­ment à la com­para­i­son avec la sit­u­a­tion de l’ex-star, ses posi­tions idéologiques bien droitières, les scan­dales de son com­porte­ment qui ont terni son image même à Hol­ly­wood, son besoin évi­dent d’être aimé de nou­veau. Le seul prob­lème de Gib­son, ici, survient quand le film se perd dans quelques clins d’œil à sa fil­mo­gra­phie, tâchant de le laiss­er étaler la palette de son jeu, par­fois jusqu’à la con­tra­dic­tion : ain­si le pas­sage d’une scène d’ac­tion avec com­men­taires comiques façon L’Arme fatale (telle que celle où il mau­grée con­tre sa fille tan­dis qu’on canarde son mobile-home où ils sont enfer­més) à la bru­tal­ité sans sec­ond degré ne con­va­inc-t-elle pas vrai­ment. L’autre nom de l’af­fiche, c’est Jean-François Richet, encore bien ven­du en France et aux États-Unis alors qu’il ne fait plus vrai­ment illu­sion sur son hori­zon de faiseur hon­nête mais à la per­son­nal­ité toute rel­a­tive. Ici comme dans son Assaut sur le Cen­tral 13 ou son dip­tyque Mes­rine, il filme[1] avec énergie et sans trop de graisse, mais reste fidèle­ment à la remorque du pro­gramme min­i­mal et vague­ment oppor­tuniste de la pro­duc­tion, pro­gramme dans lequel son savoir-faire évi­dent se garde bien de tranch­er par un point de vue tant soit peu per­son­nel.

Pas de sortie de route

Le fait est qu’en dehors de voir deux noms con­nus faire acte de présence et se ren­dre à eux-mêmes quelques hom­mages cinéphiles (jusqu’à un clin d’œil à Assaut sur le Cen­tral 13), Blood Father sem­ble décidé à ne jamais, au grand jamais dépass­er un statut de série B générique, rem­plis­sant sans faire la moin­dre vague un con­trat aux ter­mes prévis­i­bles de bout en bout. Le film reste chevil­lé à son script inter­change­able de course-pour­suite émail­lée de fusil­lades, d’in­ter­mèdes comiques, de con­sid­éra­tions gen­ti­ment pater­nal­istes sur le temps per­du à rat­trap­er et les erreurs à affron­ter. Et quand on écrit “chevil­lé”, c’est qu’on ne trou­ve rien qui vienne per­turber l’il­lus­tra­tion com­pé­tente mais soumise de ce qui est atten­du : pas un plan, pas un instant, pas un sur­saut de comé­di­en qui instillerait quelque trou­ble, qui sug­gér­erait que se joue autre chose que ce qui nous est don­né à prévoir. Comme si le film était voué dès le début à ne rien accrocher dans les mémoires, à ne faire que pass­er en rap­pelant le nom de Gib­son. Tout au plus, au détour d’une con­ver­sa­tion sur la récupéra­tion des mou­ve­ments cul­turels con­tes­tataires dans la cul­ture de masse, croit-on enten­dre Richet tâch­er de gliss­er dans nos oreilles un indice sur sa con­science de sa pro­pre con­di­tion — lui qui a com­mencé dans le “film de ban­lieue” sous influ­ence marx­iste (pour mémoire : État des lieux et Ma 6‑T va crack-er), et qui depuis pour­suit une solide car­rière de mer­ce­naire.

Notes

Notes
↑1 Il a tourné ce film en 2014, juste avant de retourn­er en France met­tre en boîte Un moment d’é­gare­ment.