Christophe Blanc a voulu tra­vailler les motifs du film de gang­ster pour pro­pos­er une forme alter­na­tive d’un de ses sous-gen­res : le thriller, qui devient ici famil­ial. Maxime, vic­time d’un chan­tage mafieux, entraîne toute sa famille dans sa chute, pris dans l’engrenage du men­songe et de la peur. L’exercice de style est louable dans un con­texte français sou­vent revêche à penser la ciné­matogra­phie nationale en ter­mes de gen­res. Mal­gré son ambi­tion générique, Blanc comme neige ne parvient pas à con­va­in­cre : la ten­sion peine à pren­dre de l’ampleur, avant de se figer défini­tive­ment dans la glace fin­landaise.

Simon (Bouli Lan­ners) et Maxime (François Cluzet) sont respon­s­ables d’une con­ces­sion de voitures de luxe et vivent très con­fort­able­ment. Mais Simon a mon­té sa petite affaire par­al­lèle et refour­gue des véhicules à des mafieux fin­landais, fort peu con­tents de ses ser­vices. Son assas­si­nat est mal­adroite­ment déguisé en acci­dent, ce que Maxime pren­dra quelques temps à réalis­er pleine­ment… Il se retrou­ve respon­s­able des dettes de son ami défunt et refuse de se ren­dre à la police, de peur d’être con­sid­éré comme com­plice de ces malver­sa­tions. Maxime vit dans la peur. Pas seule­ment celle de subir le même sort que son ami ou de voir ses proches en dan­ger, mais aus­si celle de tout per­dre : son statut social, son con­fort matériel, sa femme, trop jeune, trop belle, trop intel­li­gente pour lui (Louise Bour­goin). L’intérêt du film réside dans la con­struc­tion de ce pro­tag­o­niste à l’opposé du sché­ma habituel de « l’homme ordi­naire con­fron­té à une sit­u­a­tion extra­or­di­naire ». Con­traire­ment au héros hitch­cock­ien accusé à tort et défen­dant son inno­cence, Maxime n’est pas si pur que cela. Coupable de son aveu­gle­ment et de ses men­songes en cas­cade, il demeure figé dans sa lâcheté, inca­pable d’endosser aucune respon­s­abil­ité, pro­fondé­ment humain et agaçant à la fois. Il envoie ses frères au char­bon (deux pau­vres bougres aux­quels il a refusé un prêt mal­gré sa grande for­tune per­son­nelle) plutôt que de se salir les mains et ment de façon éhon­tée à une épouse réduite au rang de « femme-trophée ».

Mais de la page à l’écran, Blanc comme neige ne parvient pas à trou­ver son envol. Tout d’abord, cer­taines zones d’ombre empêchent de croire à cette his­toire de spi­rale infer­nale. Com­ment Simon a‑t-il réus­si à détourn­er tant de véhicules sans être repéré par son asso­cié ou les fab­ri­cants ? Les défec­tions observées par les acheteurs mécon­tents sont-elles réelles ou con­stituent-elles seule­ment un pré­texte de rack­et ? Loin d’être acces­soire, l’absence d’éléments pour répon­dre à ces ques­tions con­tribue à affaib­lir une intrigue dont on peine à accepter la logique, dont le point de départ appa­raît comme un pré­texte faiblard. On ne com­prend pas non plus com­ment Michèle, très instru­ite, a pu aban­don­ner son méti­er d’interprète pour le con­fort vénal d’une vil­la aux côtés d’un con­ces­sion­naire de voitures. Out­re sa con­struc­tion ban­cale, cet unique per­son­nage féminin est con­damné à la pas­siv­ité et à la soumis­sion, can­ton­né à la périphérie de l’action, acces­soire, sub­sidi­aire… Bref, nauséabond. Ce rôle ne demande à Louise Bour­goin que de balad­er son joli minois et sa plas­tique impec­ca­ble d’un décor à l’autre et ce n’est pas encore ici que l’on ver­ra éclore l’actrice sous la présen­ta­trice météo.

Le film donne l’amère impres­sion d’être bâti tout entier sur l’idée de la seule scène de la pour­suite armée dans la neige. Appor­tant une fig­u­ra­tion con­crète au titre, la plaine fin­landaise immac­ulée per­met de réalis­er une longue séquence à l’esthétisme soigné, réduisant le reste du film à un pré­texte creux. Les pays scan­di­naves fasci­nent, si proches et si loin­tains à la fois, si sem­blables et si dif­férents de notre Europe occi­den­tale. Certes, le pro­jet ini­tial de Blanc comme neige est antérieur à la recon­nais­sance inter­na­tionale du thriller et du polar scan­di­naves en lit­téra­ture et au ciné­ma. Mais le film donne aujourd’hui l’impression de surfer sur un engoue­ment con­sen­suel pour ces nou­velles ter­res d’exotisme, en quit­tant la France pour per­dre ses per­son­nages dans une zone de Fin­lande indéter­minée dans sa par­tie finale. Dans la pure tra­di­tion du genre, la voix de Maxime clôt un réc­it con­stru­it en flash-back, comme elle l’avait ouvert, mais pour en pro­pos­er une con­clu­sion fort hâtive. Un plan fugace, presque sub­lim­i­nal, sert de point final. Et tout le film bas­cule dans le fan­tas­tique en trois sec­on­des, avant que l’écran ne som­bre dans l’obscurité. Les événe­ments suc­ces­sifs subis par Maxime ne seraient que les étapes d’une ges­ta­tion trau­ma­tique. Dans le blanc immac­ulé d’un décor utérin baigné de sang, celle-ci aboutit à la sec­onde nais­sance d’un homme qui avait oublié de vivre et d’aimer à trop vouloir pos­séder. Quel dom­mage que la rapid­ité du dernier plan ne laisse pas le temps d’apprécier une con­clu­sion qui ne parvient pas à s’imposer, à l’issue d’un réc­it pous­sif.