Est-ce un loin­tain écho du suc­cès d’Intouch­ables qui a présidé, autant que Des souris et des hommes, à la créa­tion de Best Plans ? La reprise du motif Noir/Blanc-valide/in­valide le lais­serait penser – même si on est ici loin d’être dans la comédie. Un sujet touchant, une for­mule ayant fait ses preuves : serait-ce un best plan pour rameuter les foules devant les écrans ? Il faudrait, pour cela, que le sujet ne soit pas autre chose que touchant, qu’il évite le pathos dégouli­nant et les facil­ités nar­ra­tives : deux écueils majeurs dans lesquels David Blair donne, la tête la pre­mière.

Dan­ny, c’est le Blanc : un escroc à la petite semaine. Joseph, le Noir : un colosse avec l’e­sprit d’un enfant, dont s’oc­cupe Dan­ny. Entre petites arnaques (comme le vol à l’é­ta­lage… d’une machine à laver, tout de même !) et phas­es tran­quilles de pêch­es à la ligne, le duo viv­ote. Il se trou­ve même une jeune fille à sec­ourir alors qu’on la moleste pour Joseph (ça tombe bien qu’elle soit égale­ment défi­ciente men­tale­ment, dites-moi !), et une pros­ti­tuée à séduire pour Dan­ny. Seule­ment voilà : Dan­ny se drogue, Dan­ny doit de l’ar­gent à un patron de la mafia locale – et led­it patron, dont on perçoit la méchanceté grâce au fait qu’il ne desserre presque pas les dents quand il par­le, tombe un jour sur Joseph. Ni une ni deux, voilà le grand gail­lard embri­gadé dans les com­bats clan­des­tins que mène le mafieux, et le duo aspiré dans l’In­fer­nale Spi­rale des Activ­ités Illé­gales…

Si le cast­ing s’en sort plutôt bien, les acteurs restent pris­on­niers de per­son­nages peu crédi­bles : Ade­wale Akin­n­uoye-Agba­je, dans le rôle de Joseph, est crédi­ble en tant que géant infan­tile, beau­coup moins lorsqu’il s’ag­it de devenir instan­ta­né­ment une brute ultra-vio­lente sur le ring, Stephen Gra­ham com­pose un petit escroc paumé avec con­vic­tion, même si on ne croit jamais vrai­ment à son attache­ment altru­iste pour Joseph, tan­dis qu’Em­ma Stans­field fait ce qu’elle peut avec son per­son­nage de pros­ti­tuée au dés­espoir par­ti­c­ulière­ment dés­in­volte. Le réal­isa­teur David Blair sem­ble s’être mis une idée en tête : la teneur par­ti­c­ulière­ment pathé­tique de son sujet est son angle, autant l’in­ten­si­fi­er – quitte à don­ner dans une mise en scène par­ti­c­ulière­ment peu sub­tile et une nar­ra­tion faisant très forte­ment appel à la sus­pen­sion con­sen­tie de l’in­cré­dulité de son audi­toire.

Du côté formel, David Blair se sig­nale avant tout par ses (quelques) effets de mon­tage : atone et fonc­tion­nelle la plu­part du temps, la mise en scène va vouloir exis­ter le temps de séquences mon­tées entrelacées, d’un manque de nuance con­ster­nant. Il faut au moins ça pour nous faire com­pren­dre que Joseph copie en tout le com­porte­ment de Dan­ny, qu’il voit en lui un mod­èle ! Tout entier con­cen­tré sur l’emphase qu’il entend met­tre sur ces quelques séquences, Blair délaisse le reste du film, qui de toute façon roule tout seul, de péripétie atten­due en rebondisse­ment téléphoné.

Aus­si est-on sur­pris par les derniers plans, qui lais­sent plan­er le doute sur une éventuelle con­clu­sion digne de son matéri­au orig­inel. Pour par­venir à ces quelques moments un tant soit peu intéres­sants, il fau­dra cepen­dant en pass­er par une heure et demie ter­ri­ble­ment con­v­enue, qui ne rend guère jus­tice aux efforts con­sen­tis par les acteurs pour don­ner vie à des per­son­nages sans relief au ser­vice d’un con­te bâclé au pathos omniprésent.